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Esthétisme,Métrique,Rimbaud · Released on juil, 25 · Writed with 532 words

Murat reconnaît à Rimbaud une bonne part d’inventivité et de renouvellement à la rime. Selon lui, cette impression tient d’abord à sa manière de composer avec les points faibles: rimes stéréotypées, sourdes en –té ou en –ment et rimes grammaticales.

1. Rimes stéréotypées

Pour Murat, l’attitude de Rimbaud envers les rimes stéréotypées et ambivalente. Tantôt, il verserait bêtement dans le lieu commun, tantôt, au contraire, il s’en servirait pour produire des citations ironiques.

Ainsi, dans les longs poèmes de 1870, elles semblent dénoter d’un certain sérieux:

âme/femme, infâme/femme, mère/amère

Par contre, ailleurs, elles sont plutôt rares. Elles disparaissent pratiquement dans le Recueil de Douai.

C’est en 1871, que les rimes stéréotypies refont surface chez Rimbaud. Mais, à présent, dans un but de parodie. Elles sont maîtrisées.

Ainsi, dans Soleil et Chair, pour se moquer d’une sentimentalité exacerbée (que Murat compare à celle de M.Léonard d’Un cœur sous une soutane) :

Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !…
C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !…

2. Rimes sourdes en –té et en –ment

C’est le symbole de l’essoufflement néo-classique. C’était le véritable chiendent, pris pour cible, évidemment, par l’école romantique et ses poéticiens, comme Ténint.

On les trouve dans Morts de Quatre-vingt-douze (liberté/humanité) ou dans Rages de César (liberté/éreinté). Dans Les Douaniers, Rimbaud semble prendre un malin plaisir à les enrichir :

retraités/Traités, embêtés/gaîtés

D’autres exemples sont encore plus remarquables :

à côté/sauté (écart grammatical), humidité/médité, culottée/emmaillotée

En 1871, il flirte avec la paronymie:

ratées/bâtées

Ou avec le jeu de mots, dans L’Homme juste:

cité/cécité, c’est assez/cétacé

3. Rimes grammaticales

Pour rappel, les rimes grammaticales sont des rimes construites sur des suffixes ou des désinences verbales.

Tout comme les rimes sourdes en –té et en –ment, elles abondent chez les néo-classiques, et sont donc boudées des romantiques et des Parnassiens, comme Banville qui est le plus strict sur ce point.

Rimbaud s’inscrit dans ce sillage. Le corpus de 1870 ne contient qu’une proportion de 5,7%. C’est un peu plus que dans les Odes funambulesques, mais moins que chez Hugo ou Gauthier.

En 1871, par contre, il change de bord. Il double le chiffre, et rejoint Baudelaire, avec une proportion de 12,5%. En tout, ce sont 20 occurrences. Murat nous explique très bien ce phénomène :

« Le facteur déterminant est que c’est pour Rimbaud l’année des dictionnaires ; en proie à une sorte de prurit lexical, il multiplie les termes techniques, les régionalismes, les pseudo-archaïsmes et les dérivations néologiques. C’est l’année des diptères, des céphalalgies, des rosiers fuireux, des flots abracadabrantesques, des bleuités et bleuisons, des éclanches et des pialats (sur lesquels on s’interroge encore). Beaucoup de ces mots sont mis en vedette à la rime. »

Rimbaud a alors dans l’intention d’être transgressif. Il installe en première instance des éléments propres à la prose :

épileptiques/rachitiques, éminences/répugnances

Ces rimes qui proviennent de la satire sont assez fréquents dans Les Sœurs de charité (7), Ce qu’on dit au poète (12), Les Premières Communions (14). Dans Le Cœur volé aussi, où il crée des tensions entre les registres linguistiques et lexicaux.

Il faudra attendre le Bateau ivre pour voir réapparaître ce genre de rime, sans cette connotation scientiste.