Pour Kant, la sexualité doit être clairement circonscrite dans le droit. Dans son chef, l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une volupté contre-nature qui ne participe en rien à la poursuite de l’espèce.
Pour l’idéaliste transcendantal, toute sexualité qui ne conduit pas à la reproduction fait partie des comportements où l’homme ne respecte pas le devoir qu’il a envers lui-même — au même titre que le suicide, l’ivrognerie ou la consommation de drogue. Dans son chef, l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une volupté contre-nature qui ne participe en rien à la poursuite de l’espèce et au finalisme prétendu de l’existence.
Ses propos sur la masturbation vont dans le même sens. Inspiré par Rousseau mais aussi et surtout Tissot (L’Onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation), il envisage cet acte comme une trahison de la nature humaine :
« Le masturbateur ne peut contribuer à propager l’humanité, l’amateur d’alcool cherche la jouissance sensuelle et non le maintien des forces vitales. »

Pour Kant, la sexualité doit être clairement circonscrite dans le droit, ce qui en fait le but premier du mariage: qui crée moins un couple qu’une famille et qui contraint ainsi fortement l’homme et la femme à créer une « communauté » qui intéresse l’humanité toute entière.
Notons que cette vision du mariage a été fortement attaquée par Hegel dans ses Principes de la philosophie du droit : plus proche de la modernité, il envisageait l’union de deux personnes comme un pacte d’amour et non comme un choix dépendant d’une décision externe.
« On ne peut subsumer le mariage sous le concept de contrat. Cette subsomption, doit-on dire, se trouve dans toute son horreur chez Kant. »
Concernant la famille, son esprit diverge également de la vision kantienne: loin de l’envisager comme une partie intégrante de la vie civile, il lui restitue son cadre privé. Pour Hegel, pas question de lui donner un rôle politique — ce qui rend possible la société, c’est ni plus ni moins l’Etat.
L’enfant kantien est conçu comme un citoyen du monde qui, à l’âge de l’émancipation, devra faire les preuves de sa raison et de ses idéaux. Oui, mais. Pas question pour lui de faire l’expérience de la chair comme en témoigne son Traité de pédagogie. Alors que l’éducation, pour Kant, doit mener le jeune vers de nobles sentiments cosmopolites, cela ne suppose en aucun cas qu’il accède à la sexualité en elle-même et pour elle-même.
Dans cette perspective, il n’y a pas de place dans l’humanité pour des relations entre personnes de même sexe. Cette évolution ne vise que les hétérosexuels et, qui plus est, uniquement les individus mâles. Car, pour Kant, la femme est une espèce à part qui ne mérite pas le même traitement. Pour la philosophe allemand, la différence des sexes est une difficulté infranchissable, et représentent deux règnes de la nature bien distincts.


