21 nov

Bowie, The Bewlay Brothers

The Bewlay Brothers exploite un des thèmes majeurs chez Bowie, à savoir le dysfonctionnement familial. La chanson raconte une relation amoureuse entre deux frères axée sur le concept de l’identité, de la mutation et de la désintégration.

The Bewlay Brothers est une chanson écrite par David Bowie en 1971 pour son quatrième album, Hunky Dory. Elle fut enregistrée aux Trident Studios alors que Bowie n’avait pas encore de contrat avec la RCA.

Ce morceau, bien que confidentiel, est un des chefs d’œuvre de Bowie, qu’il qualifie lui-même de palimpseste dans un entretien accordé au Daily Mail en 2008.

Au Diable, tout le monde!

Cette notion de palimpseste fait clairement référence à la vision de Bowie dans les années 70. Il n’avait pas de lien fort avec le rock, mais s’en servait comme moyen d’expression et, conformément à l’idéologie du pop art, comme le meilleur moyen de façonner sa propre célébrité.

« Je pense que la musique devrait être maquillée, qu’il faut en faire une prostituée, une parodie d’elle-même. »

Pour Ken Scott, le producteur de l’album, The Bewlay Brothers était simplement destinée à susciter l’indignation des critiques. D’après son témoignage, Bowie aurait déclaré:

« On va faire une chanson spécifiquement pour le marché américain […] Les paroles n’ont aucun sens, mais les Américains aiment bien donner un sens à tout, alors il n’auront qu’à y lire ce qu’ils veulent. »

C’est un peu court comme explication. D’autant que The Bewlay Brothers exploite un des thèmes majeurs chez Bowie, à savoir le dysfonctionnement familial. La chanson raconte une relation amoureuse entre deux frères, axée sur le concept de l’identité, de la mutation et de la désintégration. Il s’agit d’une des créations les plus denses et les plus impénétrables de Bowie.

Now my brother lays upon the Rocks
He could be dead. He could not
He could be You
He’s Camelian, comedian,
Corinthian and
Caricature

Maintenant mon frère est étendu sur les rochers
Il est peut-être mort. Peut-être pas.
Il est peut-être toi.
C’est un Caméléon, un comédien,
un Corinthien,
Et une caricature

He’s Camelian

De même que dans Changes, la première chanson de l’album, Bowie met l’accent sur la quête de l’identité et la mutabilité de la personnalité. À cette époque déjà, il se présente comme un imposteur et un dissimulateur.

En cause, sa peur panique de la répétition, tant musicale que visuelle, qu’il assimile à sa mort artistique. Voire corporelle: tout comme Warhol qu’il rencontra cette année-là et à qui il rend hommage dans la piste 8, Bowie était persuadé qu’il serait très prochainement victime d’un attentat sur scène. Il entame alors sa quête incessante du nouveau et du bizarre: Ziggy n’est pas encore né, mais il est déjà là, contenu dans son maniérisme.

Lors d’une visite promotionnelle aux États-Unis en janvier 1971, il avait été menacé par un homme armé d’un pistolet à qui son allure déplaisait. C’était, en effet, sa première apparition en public affublé d’une robe pour homme créée par M.Fish. Il y en aura d’autres cette année-là, comme lors de la célèbre émission Holy Doly sur Granada TV.

C’est ainsi qu’il était déjà apparu sur la pochette de son album précédent, The Man Who Sold The World en septembre 1970. La couverture d’Hunky Dory est également signée Brian Ward: Bowie affiche un visage particulièrement féminin, auréolé de longues boucles blondes, qui n’est pas sans rappeler son cliché de 1969 en superbe sphinx androgyne arborant du rouge à lèvres.

Crutch-Hungry Dark

Pour Stephen Thomas Erlewine, Hunky Dory est un ensemble kaléïdoscopique qui mêle ambiguïté sexuelle, kitsch et classe. Soit trois caractéristiques que l’on peut également appliquer à The Bewlay Brothers. Comme le décrit si bien David Buckley:

« Bowie chante par saccades (sa voix, comme dans tout l’album, est très aiguë dans le mix), laissant de longues pauses remplies par la guitare acoustique de Ronson, ce qui donne une impression globale de nostalgie. »

C’est aussi une des nombreuses chansons homoérotiques du répertoire de Bowie.

In The Crutch-Hungry Dark
Was where we flayed our Mark

Dans le noir assoiffé de sexe
Nous avons dévoilé notre différence

Queen Bitch, où il fait également preuve d’une curieuse accentuation vocale, en est un autre exemple sur cet album.

Bon à savoir

Sous le nom de Bewlay Bros. Music, Bowie produisit plusieurs chansons dans les années 70, dont aussi celles d’Iggy Pop et Colin Thurston.

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