<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>RIMBARTBAUD™</title>
	<atom:link href="http://www.arthurrimbaud.be/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.arthurrimbaud.be</link>
	<description>Magazine dandy.</description>
	<lastBuildDate>Sun, 31 Jan 2010 12:40:33 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.9.1</generator>
	<language>fr</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Kant à l’épreuve de la sexualité</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/kant-a-l%e2%80%99epreuve-de-la-sexualite</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/kant-a-l%e2%80%99epreuve-de-la-sexualite#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 12:40:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Daniel Borrillo]]></category>
		<category><![CDATA[Dominique Colas]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Kant]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[Hegel]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[lesbianisme]]></category>
		<category><![CDATA[mariage]]></category>
		<category><![CDATA[Onan]]></category>
		<category><![CDATA[onanisme]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[pensée straight]]></category>
		<category><![CDATA[rousseau]]></category>
		<category><![CDATA[sodomie]]></category>
		<category><![CDATA[Tissot]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1450</guid>
		<description><![CDATA[Pour Kant, la sexualité doit être clairement circonscrite dans le droit. Dans son chef, l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une volupté contre-nature qui ne participe en rien à la poursuite de l’espèce.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l’idéaliste transcendantal, <strong>toute sexualité qui ne conduit pas à la reproduction fait partie des comportements où l’homme ne respecte pas le devoir qu’il a envers lui-même</strong> &mdash; au même titre que le suicide, l’ivrognerie ou la consommation de drogue. Dans son chef, <strong>l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une volupté contre-nature qui ne participe en rien à la poursuite de l’espèce</strong> et au finalisme prétendu de l’existence.</p>
<p>Ses propos sur la masturbation vont dans le même sens. Inspiré par Rousseau mais aussi et surtout Tissot (<em>L&#8217;Onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation</em>), il envisage cet acte comme une trahison de la nature humaine :</p>
<blockquote><p>« Le masturbateur ne peut contribuer à propager l’humanité, l’amateur d’alcool cherche la jouissance sensuelle et non le maintien des forces vitales. »</p></blockquote>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/briankinney.jpg" title="Brian Kinney (Queer as Folk)" alt="Brian Kinney (Queer as Folk)" /></p>
<p><strong>Pour Kant, la sexualité doit être clairement circonscrite dans le droit, ce qui en fait le but premier du mariage</strong>: qui crée moins un couple qu’une famille et qui contraint ainsi fortement l’homme et la femme à créer une « communauté » qui intéresse l’humanité toute entière. </p>
<p><strong>Notons que cette vision du mariage a été fortement attaquée par Hegel</strong> dans ses <em>Principes de la philosophie du droit</em> : plus proche de la modernité, il envisageait l’union de deux personnes comme un pacte d’amour et non comme un choix dépendant d’une décision externe.</p>
<blockquote><p>« On ne peut subsumer le mariage sous le concept de contrat. Cette subsomption, doit-on dire, se trouve dans toute son horreur chez Kant. »</p></blockquote>
<p><strong>Concernant la famille, son esprit diverge également de la vision kantienne: loin de l’envisager comme une partie intégrante de la vie civile, il lui restitue son cadre privé</strong>. Pour Hegel, pas question de lui donner un rôle politique &mdash; ce qui rend possible la société, c’est ni plus ni moins l’Etat.</p>
<p>L’enfant kantien est conçu comme un citoyen du monde qui, à l’âge de l’émancipation, devra faire les preuves de sa raison et de ses idéaux. Oui, mais. Pas question pour lui de faire l’expérience de la chair comme en témoigne son <em>Traité de pédagogie</em>. <strong>Alors que l&#8217;éducation, pour Kant, doit mener le jeune vers de nobles sentiments cosmopolites, cela ne suppose en aucun cas qu&#8217;il accède à la sexualité en elle-même et pour elle-même. </strong></p>
<p><strong>Dans cette perspective, il n’y a pas de place dans l’humanité pour des relations entre personnes de même sexe. Cette évolution ne vise que les hétérosexuels et, qui plus est, uniquement les individus mâles</strong>. Car, pour Kant, la femme est une espèce à part qui ne mérite pas le même traitement. Pour la philosophe allemand, la différence des sexes est une difficulté infranchissable, et représentent deux règnes de la nature bien distincts.  </p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/kant-a-l%e2%80%99epreuve-de-la-sexualite/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Petit état de l’homosexualité au XIXe (3) &#8211; Flesh and bone</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-3-nothing-here-but-flesh-and-bone</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-3-nothing-here-but-flesh-and-bone#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 24 Jan 2010 14:08:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[André Gide]]></category>
		<category><![CDATA[androgyne]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[Eldorado]]></category>
		<category><![CDATA[Forster]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Klaus Mann]]></category>
		<category><![CDATA[Leontine Sagan]]></category>
		<category><![CDATA[lesbianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Magnus Hirschfeld]]></category>
		<category><![CDATA[Marguerite Radclyffe Hall]]></category>
		<category><![CDATA[Marlene Dietrich]]></category>
		<category><![CDATA[Maurice]]></category>
		<category><![CDATA[Oscar Wilde]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>
		<category><![CDATA[Richard Oswald]]></category>
		<category><![CDATA[Romaine Brooks]]></category>
		<category><![CDATA[Si le grain ne meurt]]></category>
		<category><![CDATA[Sodome et Gomorrhe]]></category>
		<category><![CDATA[Stefan Zweig]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Mann]]></category>
		<category><![CDATA[Virginia Woolf]]></category>
		<category><![CDATA[working-class boys]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1397</guid>
		<description><![CDATA[Après la Première Guerre mondiale, l’homosexuel devient le symbole du grand boulversement esthétique et moral des Années folles: l’impérialisme et le matérialisme qui caractérisaient jusque là l’identité virile cèdent la place à d’autres valeurs.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la fin du XIXe siècle, dans les grandes villes européennes, <strong>un espace privé se met en place avec ses codes de reconnaissance et ses mécanismes d’identification</strong>: les homosexuels s’y rencontrent autour d’un argot bien spécifique et de tenues vestimentaires particulières. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/brassai.jpg" alt="Magic-City, Brassaï" title="Magic-City, Brassaï" /></p>
<p>La couleur lilas/mauve devient un vrai signe distinctif, de même que le port de la chaussure en daim ou du manteau en poil de chameau. Les femmes exagèrent la mode garçonne, portent le monocle, le cigare et le cheveu ras. <strong>On s’inspire le plus possible du dandysme flamboyant à la Oscar Wilde, tout en négociant son apparence dans les lieux publics qui demeurent hostiles</strong>. </p>
<h2>Capitales gay-friendly</h2>
<p><strong>A Londres, la drague s’organise dans les parcs, les toilettes publiques, les gares et les pubs</strong>. La prostitution se développe dans les grandes artères commerçantes de West End, aux alentours des clubs de sport et des piscines. L’on tient des soirées privées, souvent travesties, dans des chambres meublées des quartiers de Bayswater, Paddington ou Notting Hill. </p>
<p>Entre 1870 et 1940, Paris et Berlin s’affirment elles aussi comme des capitales gays et lesbiennes. <strong>La subculture homosexuelle à Paris croise celle de la pègre et des bas-fonds proche de Montmartre, Pigalle et Montparnasse</strong>. Rue de Lappe, les bals musettes et dancing permettent les rencontres faciles et rapides pour la nuit. Oscar Wilde, Klaus Mann, Romaine Brooks et ou Marguerite Radclyffe Hall viendront y trouver refuge.</p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/eldorado.jpg" alt="Eldorado Club, Berlin" title="Eldorado Club, Berlin" /></p>
<p><strong>Mais c’est à Berlin, d’après Hirschfeld, que les lieux de rassemblement sont les plus vivants et les plus nombreux. Ainsi, l’Eldorado qui propose des spectacles de travestis et des représentations de Marlene Dietrich</strong>. En 1929, on compte près de 22 000 prostitués dans la capitale allemande, souvent de jeunes ouvriers victimes de la crise économique (working-class boys). On retrouve ce fantasme ouvrier dans toute la littérature homosexuelle de l’entre-deux guerres: une manière de braver les conventions sexuellles et sociales de la bourgeoisie. </p>
<h2>Culture et dépendances</h2>
<p>C’est à cette époque qu’on parle de <strong>réhabiliter la souveraineté du corps</strong>. Apparaît, dans le même temps, l<strong>e thème de l’ami idéal</strong>, comme dans <em>Maurice</em>: on aspire à une relation pédérastique équilibrée entre partenaires du même âge. </p>
<p>En cette fin de XIXe siècle, il est clair que l’ailleurs suscite les mythes et les convoitises. Capri devient un centre de ralliement pour les intellectuels, les artistes et les mondains. <strong>L’exotisme sexuel des colonies nourrit lui aussi tous les fantasmes &mdash; dans son autobiographie <em>Si le grain ne meurt</em> (1926), André Gide se fait ainsi l’écho de ce qui se passe en Afrique du Nord</strong>.  Pour de nombreux homosexuels, c’est le moyen de vivre ses désirs sans crainte et surtout dans l’anonymat. </p>
<p><strong>En littérature, on voit naître de nouveaux classiques du genre </strong>comme <em>La Mort à Venise</em> de Thomas Mann (1912), <em>Sodome et Gomorrhe</em> de Proust (1921-1922), <em>La confusion des sentiments</em> de Stefan Zweig ou encore l’<em>Orlando</em> de Virginia Woolf (1928). <strong>Une révolution culturelle est en marche: les motifs gays et lesbiens en art gagnent en importance et en légitimité</strong>. </p>
<p><strong>On observe un mouvement similaire pour le théâtre et le cinéma</strong>. En 1919, sort sur les écrans <em>Anders als die Andern</em> (<em>Différent des autres</em>) de Richard Oswald &mdash; Magnus Hirshfeld apparaît en personne dans le film pour soutenir le combat du réalisateur contre le paragraphe 175. En 1931, le <em>Mädchen in Uniform</em> (<em>Jeunes filles en uniforme</em>) de Leontine Sagan évoque une histoire amoureuse dans un pensionnat allemand. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/anders.jpg" alt="Anders als die Andern" title="Anders als die Andern" /></p>
<p>Comme le souligne et le résume bien Florence Tamagne: </p>
<blockquote><p>&laquo; l’attrait de l’exotisme, le goût du bizarre et la volonté de choquer le bourgeois expliquent la séduction que l’homosexualité et surtout le saphisme ont pu exercer sur le production artistique et littéraire de l’époque se veut une réaction &raquo;. </p></blockquote>
<h2>Naissance du troisième sexe</h2>
<p><strong>Après la Première Guerre mondiale, l’homosexuel devient le symbole du grand boulversement esthétique et moral des Années folles</strong>: l’impérialisme et le matérialisme qui caractérisaient jusque là l’identité virile cèdent la place à d’autres valeurs &mdash; globalement, celles du héros dandy. <strong>On cherche une beauté nouvelle, l’évanouissement des stéréotypes</strong>. </p>
<p>&laquo; La célébration du corps androgyne symbolise la rupture avec la génération qui a entraîné le monde dans la guerre &raquo;. <strong>La lesbienne se libère des contraintes esthétiques féminines</strong> (cheveux longs, corset) et incarne une image d’indépendance financière et morale. <strong>L’homosexuel rejette les valeurs guerrières</strong> pour évoluer vers l’idéal du pacifisme et de la non-violence. La distance entre les sexes se réduit dans ces milieux dits <em>en rupture de ban</em>. </p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-3-nothing-here-but-flesh-and-bone/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Petit état de l’homosexualité au XIXe (2) – In the sunshine</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-2-%e2%80%93-in-the-sunshine</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-2-%e2%80%93-in-the-sunshine#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 10 Jan 2010 13:53:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Adolf Brand]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Sienfield]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Einstein]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Victor]]></category>
		<category><![CDATA[André Gide]]></category>
		<category><![CDATA[Brian Howard]]></category>
		<category><![CDATA[Corydon]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[Edward Carpenter]]></category>
		<category><![CDATA[Emile Zola]]></category>
		<category><![CDATA[Ernest Boulton]]></category>
		<category><![CDATA[Fred Park]]></category>
		<category><![CDATA[Friedrich Radzuweit]]></category>
		<category><![CDATA[Gaston Lestrade]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[Gustave Beyria]]></category>
		<category><![CDATA[Harold Acton]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Huysmans]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Lorrain]]></category>
		<category><![CDATA[Klaus Mann]]></category>
		<category><![CDATA[Lawrence Housman]]></category>
		<category><![CDATA[Léon Tolstoï]]></category>
		<category><![CDATA[lesbianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Magnus Hirschfeld]]></category>
		<category><![CDATA[Nietzsche]]></category>
		<category><![CDATA[Oscar Wilde]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[Philipp de Eulenburg]]></category>
		<category><![CDATA[Robert de Montesquiou]]></category>
		<category><![CDATA[Rupert Brooke]]></category>
		<category><![CDATA[Siegfried Sassoon]]></category>
		<category><![CDATA[sodomie]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Mann]]></category>
		<category><![CDATA[W.H.R. Rivers]]></category>
		<category><![CDATA[Wilfred Owen]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1359</guid>
		<description><![CDATA[Dès les années 1870, un univers homosexuel se met en place et offre à voir  une gamme très variée de rôles sexués &#8212;  la continuité est désormais évidente et fluide entre le masculin et le féminin. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La visibilité nouvelle des homosexuels au XIXe siècle ne fut pas sans conséquences négatives. Les médias de masse avaient les dentes longues et étaient prêts à bondir sur le moindre scandale. </p>
<h2>Crimes et châtiments</h2>
<p>En Angleterre, leur rôle fut déterminant dans <strong>le procès des deux travestis Ernest Boulton (Stella Clinton) et Fred Park (Fanny Winifred Park)</strong> qui eut lieu en 1871.  Les deux jeunes gens, accusés également de sodomie, appartenaient au <strong>monde de la prostitution homosexuelle londonienne</strong> et vivaient ensemble depuis plusieurs années. </p>
<p>La presse et les tribunaux avaient la ferme intention de se servir du procès pour rappeler à l’ordre tous ceux qui pensaient pouvoir adopter des conduites provocantes sans être inquiétés. Le procès se termina néanmoins par l’acquittement des deux accusés, faute de preuves suffisantes concernant leurs pratiques sexuelles.</p>
<p>Le <strong>scandale de Cleveland Street  (1889-1890) qui impliqua le prince Albert Victor (files du prince de Galles), des aristocrates de renom et de jeunes télégraphistes</strong> fut lui aussi complexe juridiquement. L’âge, la position sociale des différents accusés furent utilisés tantôt à charge, tantôt à décharge. </p>
<p>Le lien que l’on commençait à faire entre homosexualité et efféminement se faisait lentement. Ainsi, la préciosité d’Oscar Wilde avant que n’éclate au grand jour son histoire avec lord Alferd Douglas, passait pour une simple corruption aristocratique et une volonté de jouer à l’esthète. </p>
<p><strong>Pour Alan Sienfield, c’est précisément le procès d’Oscar Wilde en 1895 qui changea la donne dans la façon de percevoir les homosexualités</strong>: « efféminement, oisiveté, immoralité, luxe, insouciance, décadence et esthétisme devinrent des stéréotypes de l’inversion sexuelle. »</p>
<p><strong>A cette époque, le scandale a une double fonction, puisqu&#8217;il permet aussi une affirmation de plus en plus fortes des communautés LGTB</strong>, bien forcées de réagir à la menace soit par la prudence soit, au contraire,  par la revendication de leurs droits.  </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/montesquiou.jpg" alt="Robert de Montesquiou" title="Robert de Montesquiou" /></p>
<p>En France, alors qu’on aime le <strong>dandysme décadent d’un Jean Lorrain, d’un Robert de Montesquiou, d’un Des Esseintes voire d’un Charlus</strong>, on trésaille pourtant dans les salons à la seule évocation du nom de Wilde.  </p>
<h2>Homoérotisme militaire</h2>
<p><strong>En Allemagne, c’est l’affaire Eulenbourg &mdash; révélée par Maximilian Harden dans le journal <em>Die Zukunft</em>&mdash;  qui ébranla l’aristocratie et les milieux militaires entre 1907 et 1908</strong>. </p>
<p>Evidemment, des enjeux politiques étaient à la clef. Le prince Philipp de Eulenburg était conseiller et ami de Guillaume III, favorable à un rapprochement avec la France. Il est clair qu’au-delà de sa personne, on visait aussi et surtout l’empereur lui-même. </p>
<p>Dans l’opinion publique, cette affaire contribua à r<strong>enforcer les préjugés homophobes de mauvais goût,</strong> comme en témoignent les nombreuses caricatures qui furent tirées de l’événement. </p>
<p>La Première Guerre mondiale constitua un tournant important pour les représentations de l’homosexualité. <strong>Toute l’esthétique guerrière allait dans le sens de l’érotisation des corps masculins</strong>, insistant sur leurs caractéristiques viriles. La nudité avait fonction de propagande, et devait exalter la force physique et la jeunesse. </p>
<p>Bien que les relations pédérastiques soient sévèrement proscrites et dénoncées au sein de l’armée, il est clair que <strong>les réalités de la guerre rapprochaient les hommes entre eux sur le plan affectif</strong>. Le danger, l’instinct de survie, la peur, les conditions de vie difficiles furent souvent à l’origine de relations particulières que d’aucuns qualifièrent de « camaraderie de front ».  </p>
<p>En réalité, l’amitié militaire s’inscrit dans « la <strong>tradition des sociétés masculines soudées par un code de l’honneur et une expérience partagée</strong>, celle des mouvements de jeunesse comme les Wandervögel en Allemagne ou les Boy Scouts en Angleterre, des pensionnats (les écoles de cadets allemandes et les public schools britanniques) et des institutions homosociales (clubs de gentlemen, associations sportives…) ». </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/furyo.jpg" alt="David Bowie et Ryuichi Sakamoto dans Furyo" title="David Bowie et Ryuichi Sakamoto dans Furyo" /></p>
<p>Tout cela engendra évidemment <strong>des tensions et des névroses chez certains soldats, tiraillés entre leurs désirs sexuels et cette notion stricte du devoir</strong>. C’est précisément ces processus douloureux qu’étudia le psychologue W.H.R. Rivers et que l’on retrouve dans la poésie de Wilfred Owen ou Siegfried Sassoon. </p>
<p>Le conflit offrit également des <strong>possibilités de reconnaissance pour les lesbiennes dont certaines prirent la décision de s’engager dans les sections ambulancières</strong>. Les réactions furent mitigées à leur égard: tandis qu’on saluait leur courage viril sur le terrain, on ne manquait pas non plus de s’interroger sur leur mode vie et leur façon d’être contre-nature en dehors du champ de bataille. </p>
<p>Pour Johanna Bourke, « un univers d’homme se dévoilait et révélait une gamme très variée de rôles masculins et une <strong>continuité évidente, fluide, entre le masculin et le féminin</strong> ». C’est à cette époque aussi que fut popularisée la figure du poète anglais Rupert Brooke, esthète androgyne qui incarnait à lui seul le culte de la jeunesse et les aspirations de la modernité. </p>
<h2>Premiers mouvements</h2>
<p><strong>Les années 1870 sont largement marquées en Europe par l’essence d’un militantisme homosexuel</strong>. Ainsi, en Allemagne, nait<strong> le WhK à l’initiative de Magnus Hirschfeld</strong>. Le mouvement fut à l’origine d’une <strong>pétition visant l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal</strong> qui punissait d’une peine de prison la pédérastie. Sous le texte, on retrouve des signatures aussi prestigieuses que celles de Thomas Mann, Albert Einstein, Emile Zola ou Léon Tolstoï. </p>
<p>Le WhK se dota en 1919 d’un centre de documentation qui fut une véritable <strong>plaque tournante pour l’étude sociologique et scientifique des phénomènes homosexuels</strong>. La bibliothèque et le musée attirèrent de nombreux visiteurs, parmi lesquels Klaus Mann, André Gide et Christopher Isherwood. </p>
<p>Ainsi, aussi, <strong>le BfM de Friedrich Radzuweit</strong> qui rassembla en 1920 sous le même drapeau les gays et le lesbiennes. De manière générale, ces structures se concentrent essentiellement sur l’organisation de rencontres, de soirées ou sur la publication de journaux (<em>Die Freundschaft</em>, <em>Die Freudin</em>).</p>
<p>Plus atypique, <strong>le Gemeinschaft der Eigen qu’Adolf Brand créa en 1903</strong> en opposition avec tous les autres. Défendant l’idée d’une <strong>camaraderie virile et chevaleresque</strong> &mdash; empruntant tantôt à la Grèce antique tantôt au Moyen Âge allemand ou à Nietzsche &mdash; , il reprochait l’approche médicalisée et la volonté d’intégration sociale promue par l’ensemble des autres mouvements. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/antinous_boullet_2.jpg" alt="Antinoüs, Jean Boullet" title="Antinoüs, Jean Boullet" /></p>
<p>Pour la première fois, les homosexuels pouvaient sortir de leur isolement et construire leur identité sexuée et sexuelle. <strong>Mais le bilan reste mitigé pour cette Allemagne des années 20: la tolérance ne fit presque aucun progrès et l’homosexualité ne fut pas dépénalisée</strong>. </p>
<p>C’est ainsi qu’en France, la portée du militantisme allemand resta très limité. Ce qui est frappant, c’est que les initiatives et les voix qui s’élevèrent n’eurent <strong>aucun soutien de la part des milieux intellectuels et littéraires</strong>, trop influencés par le modèle républicain universaliste qui ne se donnait pas pour mission de défendre les minorités. </p>
<p>Ainsi, Gide fut bien seul à la parution de son <em>Corydon</em> en 1924, ainsi que les créateurs de la revue baptisée <em>Inversion</em>, Gustave Beyria et Gaston Lestrade, quand il durent faire face à la censure. </p>
<p>De même en Angleterre, <strong>le BSSP fondé par Edward Carpenter et Lawrence Housman</strong> en 1914 reste une initiative timide et politiquement peu ambitieuse. Le modèle anglais est sur ce plan relativement singulier: <strong>dans les public schools, on encourage les jeunes garçons à se tenir à l’écart des femmes et à évacuer leurs pulsions sexuelles par la pratique du sport</strong>. </p>
<p>Il y a un vrai mythe de la communauté virile. A Cambridge, les Apostles célèbrent l’homosexualité comme la plus haute et la plus noble forme d’amour. <strong>A Oxford, les esthètes Brian Howard et Harold Acton affichent avec dédain leur excentricité et leur maniérisme</strong>. </p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-2-%e2%80%93-in-the-sunshine/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Petit état de l’homosexualité au XIXe (1) – Let’s go outside!</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-siecle-1-%e2%80%93-let%e2%80%99s-go-outside</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-siecle-1-%e2%80%93-let%e2%80%99s-go-outside#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 17:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Moll]]></category>
		<category><![CDATA[Ambroise Tardieu]]></category>
		<category><![CDATA[Charcot]]></category>
		<category><![CDATA[dandy]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[Forster]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[Gerard Manley Hopkins]]></category>
		<category><![CDATA[Graham Robb]]></category>
		<category><![CDATA[Havelock Ellis]]></category>
		<category><![CDATA[Heinrich Hössli]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Jeremy Bentham]]></category>
		<category><![CDATA[Johann Joachim Winckelmann]]></category>
		<category><![CDATA[Johann Ludwig Casper]]></category>
		<category><![CDATA[Joseph Fiévée]]></category>
		<category><![CDATA[Károly Mária Kertbeny]]></category>
		<category><![CDATA[lesbianisme]]></category>
		<category><![CDATA[lord Castlereagh]]></category>
		<category><![CDATA[Magnan]]></category>
		<category><![CDATA[Magnus Hirschfeld]]></category>
		<category><![CDATA[marquis de Custine]]></category>
		<category><![CDATA[Max Nordau]]></category>
		<category><![CDATA[Michael Sibalis]]></category>
		<category><![CDATA[Natalie Clifford Barneyr]]></category>
		<category><![CDATA[Oscar Wilde]]></category>
		<category><![CDATA[Otto Weininger]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[Percy Joseph]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>
		<category><![CDATA[Renée Vivien]]></category>
		<category><![CDATA[Richard von Krafft-Ebing]]></category>
		<category><![CDATA[Shelley]]></category>
		<category><![CDATA[Sodome et Gomorrhe]]></category>
		<category><![CDATA[sodomie]]></category>
		<category><![CDATA[William Beckford]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1328</guid>
		<description><![CDATA[Certes les discours homophobes continuent de proliférer, la répression est encore une menace. Mais un mouvement est en marche: l’homosexuel est sur le point de devenir une figure incontournable de la vie urbaine moderne.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour Graham Robb, ce qui prédomine chez les homosexuels au XIXe siècle est <strong>« un sentiment de honte, la peur de perdre leurs amis, leur famille, leur réputation […], un isolement mental et social, et des tensions provoquées par la nécessité constante de se cacher. » </strong></p>
<p><strong>Lorsqu’éclate le scandale de William Beckford, en 1785, il est clair que l’homophobie bat son plein. Nous sommes à l’aube du XIXe siècle.</strong> Le jeune homme, alors âgé de 25 ans, est forcé de quitter l’Angleterre en raison de rumeurs. Il passe sept ans en exil « jouant le rôle du Juif errant ». Il est constamment « dévisagé comme s’il portait sur son visage la marque de la malédiction de Dieu ». </p>
<p><strong>D’autres faits de ce genre auront lieu, notamment au cours de l’année 1822</strong>: l’évêque Percy Joseph est surpris dans une position compromettante avec un soldat et quitte le continent; lord Castlereagh, ministre britannique des Affaires étrangères, se donne la mort par crainte d’être dénoncé. </p>
<p><strong>En France, l’herbe n’est guère plus verte. En 1825, le marquis de Custine est roué de coups par un groupe de soldats.</strong> Pour ses amis, il est évident que « la société en masse est en colère ». Nombreux aussi sont les homosexuels victimes d’extorsion de fonds.</p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/tiresias_grekoff.jpg" alt="Illustration de Elie Grekoff pour le Tirésias de Marcel Jouhandeau" title="Illustration de Elie Grekoff pour le Tirésias de Marcel Jouhandeau" /></p>
<p><strong>Très rares sont les hommes qui ont le courage de tenir tête. Ainsi, par exemple, Joseph Fiévée, conseiller de Napoléon qui vit ouvertement avec son amant.</strong> C’est à lui que l’on doit cette célèbre formule qui n’est pas sans rappeler les maximes les plus brillantes de Wilde: « Quand on a un vice, il faut savoir le porter. »  </p>
<p><strong>Ou encore, Jeremy Bentham, auteur de plusieurs essais (1774-1824) écrits à la gloire de la sodomie. </strong>Ses textes, qui restent d’une stupéfiante actualité, réfutent méthodiquement l&#8217;ensemble des arguments religieux, philosophiques et juridiques qui mettent à mal l’homosexualité au XIXe siècle. « Pour détruire un homme, il faut certainement une meilleure raison que le simple fait de détester son goût. »</p>
<p>En 1818, Shelley écrit son fameux <em>Discours sur les mœurs des anciens Grecs</em>; mais il ne sera publié qu’en 1931. <strong>Seul le modiste suisse, Heinrich Hössli, se risqua à publier de son vivant un texte militant pour la défense du droit à l’homosexualité.</strong> <em>Eros, die Männerliebe der Griechen</em> est un plaidoyer sincère en faveur de la tolérance qui lui valut la damnation jusqu’à la fin de ses jours. </p>
<h2>La sodomie médico-légale</h2>
<p><strong>De cette époque, datent les premières descriptions médicales qui tentent d’identifier les traces corporelles de l’homosexualité: dilatation, abrasions, déformations</strong>. Les tribunaux recourent à ces expertises de la médecine légale pour obtenir des preuves dans les affaires de sodomie. </p>
<p><strong>Ambroise Tardieu fut, sur ce plan, le spécialiste le plus influent. Son <em>Etude médico-légale sur les attentats aux mœurs</em> fut édité sept fois entre 1857 et 1878.</strong> À la lecture de ce texte, il apparaît plus qu’évident que les motivations sont loin d’être purement et objectivement scientifiques: pour lui, les homosexuels ont un pénis « semblable à ceux des chiens », la bouche de travers et le rectum en forme de cheminée. Le sodomite est un être malpropre et dégénéré. </p>
<p>D&#8217;autres théoriciens iront dans le même sens: Richard von Krafft-Ebing (<em>Psychopatia Sexualis</em>, 1885), Albert Moll (<em>Die konträre Sexualempfindung</em>, 1891), Otto Weininger (<em>Geschlecht und Charakter</em>, 1903) ou Max Nordau (<em>Entartung</em>, 1895). L’idée dominante est celle de la perversion. </p>
<p>Alors que, pour Tardieu, l’homosexualité se résume à un choix, <strong>d’autres analystes vont essayer de comprendre les causes physiologiques et/ou psychologiques du désir homosexuel</strong>. Ainsi, le médecin allemand Johann Ludwig Casper qui publia un article sur la question en 1852. <strong>L’on commence à développer deux théories: celle de l’inné, et celle de l’aquis (séduction, prostitution, vice)</strong>. </p>
<p><strong>Dans les deux cas, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’un traitement approprié dont une des premières tâches est de combattre la féminité supposée des sujets</strong>. Notons que, sur ce point, seul l’article de Charcot et Magnan, <em>Inversion du sens génital et autres perversions sexuelles</em>, ne fait pas de lien direct entre pédérastie et manque de virilité.  </p>
<h2>La naissance d&#8217;un mouvement </h2>
<p><strong>Cet intérêt croissant pour la sodomie et le fait homosexuel est probablement dû au développement d’une véritable sous-culture, née dès les années 1680 dans les grandes villes d’Europe occidentale</strong>. Au XIXe siècle, à Londres, Paris et Amsterdam, les lieux de rencontre sont très prisés: parcs, squares, toilettes publiques mais aussi galeries marchandes et gares. Les bals de travestis voient le jour. </p>
<p><strong>L’homosexuel est sur le point de devenir une figure incontournable de la vie urbaine moderne. Et ce n’est pas peu dire. Les années 1870-1940 vont constituer un véritable tournant. L’écrivain hongrois Károly Mária Kertbeny est l’inventeur du terme.</strong> Il l’utilise la première fois dans son mémoire adressé au ministre de la Justice de la Prusse réclamant l’abolition des lois pénales contre les « actes contre-nature ». </p>
<p>Certes les discours homophobes continuent de proliférer, la répression est encore une menace. Mais, force est de constater qu’un mouvement est en marche: <strong>dans la littérature et la presse, une scène gay et lesbienne active s’offre une toute nouvelle visibilité</strong>. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/antinous_boullet.jpg" alt="Antinoüs, Jean Boullet" title="Antinoüs, Jean Boullet" /></p>
<p><strong>Le militant homosexuel et sexologue Magnus Hirschfeld invente la notion de « troisième sexe »</strong> qui définit l’homosexuel comme « une âme de femme dans un corps d’homme ». Pour lui, le nombre de variétés sexuelles imaginable est infini entre le type mâle parfait et le type femelle parfait. Dans sa pensée, l’identité de genre et de sexe varie selon quatre caractères intermédiaires que l’on peut combiner presqu’à souhait: les organes sexuels, les caractères physiques, l’instinct sexuel et les caractères moraux.  </p>
<p><strong>Ses conclusions rejoignent ainsi celles de Freud qui, non content de débarrasser l’homosexualité du principe de dégénérescence, développa aussi et surtout l’hypothèse d’un bisexualité originelle de l’être humain. </strong>Son apport aux communautés LGTB reste toutefois profondément assombrit par ses théories relatives à l’angoisse de la castration et à la séduction dans l’enfance qui lui font envisager l’homosexualité comme un « blocage au stade infantile. »</p>
<p><strong>Le cas du lesbianisme laisse aussi sans voix. Il n’éveille presqu’aucun intérêt chez les médecins: considérée comme particulièrement marginale voire inexistente, la pratique homosexuelle entre femmes ne peut conduire, selon eux, qu’à la frustration ou à la folie.</strong> Nous devons le seul texte plus ou moins détaillé sur le lesbianisme à Havelock Ellis qui, dans on <em>Sexual Inversion</em> (1897) distingue vraies homosexuelles (masculines) et homosexuelles séduites (féminines) &mdash; les secondes n’ayant succombé que par dépit et manque de succès auprès des hommes. </p>
<p><strong>Le plus étonnant c’est que, malgré le caractère très infamant de telles descriptions, bon nombre d’homosexuels se sont identifiés à ces stéréotypes qui leur fournissaient, pour la première fois, un modèle et une justification</strong>, allant parfois même jusqu’à les intégrer de manière profonde dans leur univers mental et artistique. Dans <em>Sodome et Gomorrhe</em>, Proust dresse un panorama exhaustif des différentes théories en vigueur.  Dans <em>Maurice</em>, Forster fait état des thérapies médicales sensées guérir l’homosexualité par l’hypnose. </p>
<p><strong>D’autres, au contraire, vont faire le choix de défendre leurs intérêts en prenant le contre-pied des discours dominants</strong>. C’est le cas du couple de poétesses formé par Natalie Clifford Barneyr et Renée Vivien qui eut comme projet de fonder une école de poésie saphique à Paris pour fournir au lesbianisme un champ culturel et émotionnel digne de ce nom. </p>
<p>Du côté des hommes, <strong>Johann Joachim Winckelmann fut un véritable libérateur: grâce à lui, l’homoérotisme devint un désir alternatif positif</strong>, capable de faire imploser les contraintes de l’époque victorienne. Ou encore, Gerard Manley Hopkins qui voyait dans l’amour entre hommes une forme d’extase religieuse (comme pour David et Jonathan) et de camaraderie intense. </p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/petit-etat-de-l%e2%80%99homosexualite-au-xixe-siecle-1-%e2%80%93-let%e2%80%99s-go-outside/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Klaus Mann, cogneur et dandy</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/klaus-mann-cogneur-et-dandy</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/klaus-mann-cogneur-et-dandy#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Dec 2009 12:33:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Einstein]]></category>
		<category><![CDATA[André Breton]]></category>
		<category><![CDATA[André Gide]]></category>
		<category><![CDATA[Andreas Magnus]]></category>
		<category><![CDATA[Bertolt Brecht]]></category>
		<category><![CDATA[Boris Pasternak]]></category>
		<category><![CDATA[dandy]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[Die Sammlung]]></category>
		<category><![CDATA[drogue]]></category>
		<category><![CDATA[Ernst Bloch]]></category>
		<category><![CDATA[Ernst Toller]]></category>
		<category><![CDATA[fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[Georg Trakl]]></category>
		<category><![CDATA[Gottfried Benn]]></category>
		<category><![CDATA[Heinrich Mann)]]></category>
		<category><![CDATA[Hemingway]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Cocteau]]></category>
		<category><![CDATA[Joseph Roth]]></category>
		<category><![CDATA[Klaus Mann]]></category>
		<category><![CDATA[La Danse pieuse]]></category>
		<category><![CDATA[Le Portrait de Dorian Gray]]></category>
		<category><![CDATA[Le Volcan]]></category>
		<category><![CDATA[nazisme]]></category>
		<category><![CDATA[Oscar Wilde]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[René Crevel]]></category>
		<category><![CDATA[socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Stefan Zweig]]></category>
		<category><![CDATA[surréalistes]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Mann]]></category>
		<category><![CDATA[Trotski]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1276</guid>
		<description><![CDATA[Publié en 1926, <em>La Danse pieuse</em> est un livre que l’on pourrait qualifier <em>de jeunesse</em> si l’expression n’était pas devenue péjorative. Klaus Mann a 19 ans. Dans le champ de la littérature allemande, il vient tout simplement d’écrire et de commettre le premier roman ouvertement homosexuel.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Publié en 1926, <em>La Danse pieuse</em> est un livre que l’on pourrait qualifier de jeunesse si l’expression n’était pas devenue péjorative. Klaus Mann a 19 ans. Dans le champ de la littérature allemande, il vient tout simplement d’écrire et de commettre le premier roman ouvertement homosexuel</strong>. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/klausmann.jpg" title="Klaus Mann" alt="Klaus Mann" /></p>
<p>Pas de quoi faire une scandale, et pourtant! Souffrir et jouir est la seule façon de comprendre la vie: Klaus Mann voulait être danseur, se méfiant des mots et de la littérature qu’il considérait être une véritable « malédiction familiale ». Ainsi, dans <em>Le Volcan</em>: </p>
<blockquote><p>« Tout a été dit. Le XIXe siècle a été un siècle bavard, amoureux des mots, et la crise du XXe siècle, que je ressens dans mon corps comme une maladie, est la crise des grands mots. La démocratie en est morte. Le fascisme, cette nouvelle barbarie, triomphe aisément : il n’y a que des cadavres à décapiter. Il nous faut apprendre une nouvelle innocence… Il nous faut être sourds et aveugles et en même temps prêts à disparaître. »</p></blockquote>
<p><strong>L’histoire n’est pas sans rappeler celle du <em>Portrait de Dorian Gray</em>: un jeune peintre expressionniste en mal de vivre, Andreas Magnus, est emporté dans le tourbillon de ses aspirations créatrices. </strong>Après avoir peint un tableau incantatoire où de jeunes enfants dansent convulsivement autour de Dieu, il part pour Berlin où il se produit dans des cabarets et fréquente des boîtes homosexuelles. Il tombe amoureux de Niels, un bel éphèbe blond, qui est en fait le gigolo de toute la clientèle. L’on comprend dès lors que lui-même émane de son tableau, et que son Dieu est absent.</p>
<p> <strong>Sa danse est en réalité un rite désespéré contre les pesanteurs de sa famille et les premières perceptions de sa différence sexuelle. Il danse pour échapper aux valeurs de son temps et libérer sa génération de la crise morale de l’entre-deux guerres. </strong></p>
<blockquote><p>« J&#8217;ai une sombre vision de l&#8217;art et de ses conditions d&#8217;existence au cours des prochaines décennies. J&#8217;ai une vision aussi sombre du rêve, grand et profond, d&#8217;une humanité moralement libre, pensive et sereine, un rêve que font les meilleurs d&#8217;entre nous. Le trouble de ce temps est puissant, peut-être aucune époque autant que la nôtre n&#8217;a eu conscience d&#8217;être aussi troublée, d&#8217;être à ce point entraînée vers on ne sait où. Ce que nous savons le moins, c&#8217;est vers quoi va nous conduire cette grande danse. Nous ne pouvons rien savoir de la solution de ce trouble, peut-être cette solution est-elle justement le grand abîme, une nouvelle guerre, un suicide de l&#8217;humanité. Puisque nous sommes des danseurs sans but, nous célébrons la vie comme une pieuse cérémonie et nous ne pensons pas que nous pourrions aller vers ce qui est bon, vrai, solide. Une fête ne doit pas être quelque chose d&#8217;étourdi, d&#8217;approximatif, ni vide de pensée. Nous gardons dans nos cœurs ce qui est le sens d&#8217;une telle fête. Il me semble donc que ce n&#8217;est pas une fête frivole, une plaisanterie. » </p></blockquote>
<h2>Oeuvre et vie</h2>
<p><strong>Troisième du nom, après le père (Thomas Mann) et l’oncle (Heinrich Mann), Klaus Mann est né à Munich en 1906, un an jour pour jour après sa sœur Erika.</strong> Tout comme Georg Trakl, sa relation avec cette presque jumelle (ils sont élevés comme tels) sera toujours ambiguë et probablement incestueuse. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/klausmann_erika.jpg" title="Klaus et Erika Mann" alt="Klaus et Erika Mann" /></p>
<p><strong>Du reste, son éveil à l’homosexualité et le manque de reconnaissance artistique du père achèveront de le rendre victime d’un syndrome dépressif récurrent</strong> qui le pousse, dès les années 20, à trouver refuge dans la consommation de drogues dures. </p>
<p><strong>En 1928, il fait la connaissance d&#8217;André Gide, son désormais maître à penser et modèle, de Jean Cocteau dont il adapte le roman <em>Les Enfants terribles</em> pour la scène en 1930, et de René Crevel dont il devient l&#8217;ami intime.</strong> Il découvre également les cercles surréalistes parisiens. D&#8217;abord plein de sympathie pour le mouvement, il s&#8217;en éloigne au début des années 1940, dénonçant, dans <em>L&#8217;Avant-garde, hier et aujourd&#8217;hui</em> (1941) et <em>Le Cirque surréaliste</em> (1943), le « culte du chef » d&#8217;André Breton.</p>
<p><strong>C’est à cette époque qu’il décide de rompre avec son image de dandy décadent</strong>. Fasciné, dans ses premières années, par l&#8217;esthétisme fin de siècle et le raffinement artistique, <strong>Klaus Mann avait développé une conception proche de celle d’un Gottfried Benn: l’artiste devait être un « fanatique de la forme pure »</strong>, solitaire et disposant d’un espace autonome propice à sa création. Mais, dès lors qu’il rencontra Gide &mdash; à qui il consacre un essai en 1943, <em>André Gide et la crise de la pensée européenne</em> &mdash;- son concept changea du tout au tout. <strong>Désormais, l’artiste devait pouvoir développer sa perspicacité dans le champ politique.</strong> Conscient de l&#8217;ampleur du danger nazi qui menace son pays et l&#8217;Europe, Klaus Mann prend la décision irrémédiable de quitter l&#8217;Allemagne en 1933.  </p>
<p>On connaît la suite. <strong>En exil à Amsterdam, il crée la revue militante anti-nazie <em>Die Sammlung</em> à laquelle participent de nombreux intellectuels allemands</strong> parmi lesquels Ernst Bloch, Bertolt Brecht, Albert Einstein, Trotski, Hemingway, Boris Pasternak ou encore Joseph Roth. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/die_sammlung.jpg" title="Die Sammlung" alt="Die Sammlung" /></p>
<p>En 1935, déchu de sa nationalité par le régime en place, il obtient la citoyenneté tchécoslovaque avant de s’installer aux Etats-Unis, trois ans plus tard, après une brève mais significative participation à la guerre d&#8217;Espagne en tant que correspondant. </p>
<p><strong>En 1939, parution de <em>Escape to life</em> et du <em>Volcan</em> où il prêche pour un humanisme socialiste où chacun trouve sa place, « même les toxicomanes, les homosexuels, les anarchistes.» C’est la consécration.</strong> A New York, il fonde une deuxième revue, <em>Decision</em>, destinée à promouvoir une pensée cosmopolite.</p>
<p><strong>En 1942, il écrit son autobiographie. En anglais, cette fois. <em>The Turning Point</em> (<em>Le Tournant</em>) est un témoignage exceptionnel et poignant sur la condition des exilés allemands</strong> et sur la vie littéraire et intellectuelle des années 1920 dans l&#8217;Allemagne de la République de Weimar. </p>
<p><strong>Naturalisé américain en 1943, il s&#8217;engage dans l&#8217;armée auprès du service de propagande où il prend part à la « guerre psychologique » en Italie, puis lors de la campagne d&#8217;Allemagne.</strong> Il participe à la rédaction de tracts et de textes destinés aux stations de radio et aux haut-parleurs des tranchées. Ce n’est qu’en 1945 qu’il retourne à Munich: la maison familiale a été pillée. C’est toute l’Allemagne qui est en ruines, et Klaus Mann se rend vite compte que le divorce est définitif: les écrivains exilés sont méconnus et sans avenir. <strong>L’entreprise de dénazification de la société ne passera pas par eux, ni par lui. Ses livres sont refusés par les éditeurs de la République fédérale d&#8217;Allemagne.</strong></p>
<p>En proie à de graves problèmes financiers, désespéré par les suicides de ses amis (Stefan Zweig, René Crevel et Ernst Toller), profondément déprimé, il se suicide à Cannes en mai 1949 en avalant une forte dose de somnifères. </p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/klaus-mann-cogneur-et-dandy/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Voltaire en demi-teinte</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/voltaire-en-demi-teinte</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/voltaire-en-demi-teinte#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 20 Dec 2009 10:31:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Alcibiade]]></category>
		<category><![CDATA[Anti-Giton]]></category>
		<category><![CDATA[Christ]]></category>
		<category><![CDATA[Courcillon]]></category>
		<category><![CDATA[Daniel Borrillo]]></category>
		<category><![CDATA[Dictionnaire philosophique]]></category>
		<category><![CDATA[Dominique Colas]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric II]]></category>
		<category><![CDATA[Ganymède]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Jésus]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Larivière]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[Prusse]]></category>
		<category><![CDATA[saint Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Socrate]]></category>
		<category><![CDATA[sodomie]]></category>
		<category><![CDATA[voltaire]]></category>
		<category><![CDATA[Warren Johanson]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1238</guid>
		<description><![CDATA[Dans l’ensemble des ses textes philosophiques, Voltaire se contente de récupérer, sans autre forme de développement, les éléments les plus vaseux et les plus servilement moralistes de la rhétorique homophobe classique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jugement de Borrillo et Colas, dans <em>L’Homosexualité de Platon à Foucault</em>, est sans appel: </p>
<blockquote><p>« Voltaire aborde la question dans son dictionnaire philosophique sous le chapitre <em>Amour nommé socratique</em> d’une manière si légère et si violente qu’il semble avoir été écrit par un théologien du Moyen Age plutôt que par un philosophe de la Raison. »</p></blockquote>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/voltaire.jpg" alt="Voltaire" title="Voltaire" /></p>
<p>Et c’est peu dire! <strong>Dans l’ensemble des ses textes philosophiques, Voltaire se contente de récupérer, sans autre forme de développement, les éléments les plus vaseux et les plus servilement moralistes de la rhétorique homophobe classique</strong>. </p>
<blockquote><p>« Souvent un jeune garçon, par la fraîcheur de son teint, par l’éclat de ses couleurs, et par la douceur de ses yeux, ressemble pendant deux ou trois ans à une belle fille; si on l’aime, c’est parce ce que la nature se méprend: on rend hommage au sexe, en s’attachant à ce qui en a les beautés; et quand l’âge a fait évanouir cette ressemblance, la méprise cesse. »</p></blockquote>
<p>Il est évident que, pour Voltaire, l’homosexualité ne peut être qu’une erreur dans ce contexte (jeunes hommes aristocratiques) et, corollairement, une crime si elle a lieu dans d’autres circonstances (hommes dits d’âge mûrs, classe populaire, prostitués). </p>
<p><strong>Il rattache très clairement les pratiques homosexuelles à la débauche et à la barbarie. </strong> Par le biais d’une assimilation plus que douteuse, il prétend même que les climats chauds favorisent leurs émergences: </p>
<blockquote><p>« Ce vice indigne de l’homme n’est pas connu dans nos rudes climats […] Aussi ce qui ne paraît qu’une faiblesse dans le jeune Alcibiade, est une abomination dégoûtante dans un matelot hollandais et dans un vivandier moscovite. »</p></blockquote>
<p><strong>Pour reprendre la formule de Michel Larivière, voilà ce qu’on nous a caché à l’école: Voltaire n’est pas exactement le grand représentant de la lutte contre l’intolérance</strong> et de la défense des droits humaines qu’on veut bien nous le faire croire. En réalité, il serait plutôt du côté de ces types un peu frustrés qui qualifient l’amour entre hommes d’« attentat infâme ». </p>
<p><strong>Mais pire encore, Voltaire s’improvise également révisionniste, allant jusqu’à prétendre qu’il n’existait pas de lois perses en faveur de la pédérastie dans l’Antiquité.</strong> Voici ce qu’il répond aux preuves qu’on lui tend: « je ne le croirais pas encore, je dirais que la chose n’est pas vraie, par la raison qu’elle est impossible ». </p>
<p>Difficile, dans ces conditions, de soutenir qu’il est une incarnation parfaite et accomplie  de l’esprit des Lumières. <strong>Combattre le dogmatisme, oui, mais faire tomber les cloisons des mœurs sexuelles, non.</strong> Pour s’en convaincre, outre le <em>Dictionnaire philosophique</em>, on peut également lire des propos similaires dans l’<em>Anti-Giton</em> où il tente, par toutes sortes de moyens et presque désespérément, de dissuader le marquis de Courcillon de s’entêter dans ses fausses amours. </p>
<h2>Voltaire et Frédéric II</h2>
<p><strong>C’est à se demander comment Frédéric II, futur roi de Prusse et homosexuel notoire (on dirait presque militant), a pu accepter son amitié</strong> en le conviant parmi les philosophes et historiens de sa cour exclusivement masculine. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/voltaire_fredericII.jpg" alt="Voltaire et Frédéric II" title="Voltaire et Frédéric II" /></p>
<p>Une liaison purement platonique et qui fut, finalement, de courte durée. <strong>En 1753, trois ans à peine après son installation au château de Sans-Souci, Voltaire claque la porte. Frédéric II le soupçonne alors d’avoir emporté avec lui des poésies audacieuses dont il lui a confié le secret</strong>. </p>
<blockquote><p>« Ce bon saint Jean que pensiez-vous qu’il fît<br />
Pour que Jésus le couchât dans on lit<br />
Savez-vous pas qu’il fut son Ganymède? »</p></blockquote>
<p>Craignant que Voltaire ne les utilise contre lui, il le fait arrêter et emprisonner. Une fois la rupture totalement consommée, ce dernier lui renvoie ses décorations et ses ordres, accompagné de ces quelques mots:</p>
<blockquote><p>« Je les reçus avec tendresse,<br />
Je vous les rends avec douleur<br />
C’est ainsi qu’un amant, dans son extrême ardeur<br />
Rend le portrait de sa maîtresse »</p></blockquote>
<p>Ambiguïté ou simple effet de style? <strong>Pour Warren Johanson, l’attitude de Voltaire vis-à-vis de l’homosexualité est complexe, précisément en raison de cette amitié qui le lia à Frédéric II</strong>. </p>
<p><strong>C’est une supposition. Si Voltaire avait réellement fait preuve d’ouverture d’esprit, pourquoi n’a-t-il jamais jugé opportun de rectifier le tir dans ses écrits?</strong> D’autant qu’il publia, quelques années plus tard, dans son <em>Prix de la justice et de l’humanité</em> un article éloquent (XIX) consacré à la sodomie et dans lequel il réitère une fois encore toutes les expressions de l’irrationnel homophobe.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/voltaire-en-demi-teinte/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Wilde et Rimbaud, ou l&#8217;élan de nos facultés</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/genetique/voyance/wilde-et-rimbaud-ou-lelan-de-nos-facultes</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/genetique/voyance/wilde-et-rimbaud-ou-lelan-de-nos-facultes#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 12:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Voyance]]></category>
		<category><![CDATA[agenouillages anciens]]></category>
		<category><![CDATA[Apollon]]></category>
		<category><![CDATA[ascétisme]]></category>
		<category><![CDATA[charité]]></category>
		<category><![CDATA[Christ]]></category>
		<category><![CDATA[dandy]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[De Profundis]]></category>
		<category><![CDATA[Dyonisos]]></category>
		<category><![CDATA[éloquence]]></category>
		<category><![CDATA[esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[eucharistie]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[Génie]]></category>
		<category><![CDATA[hédonisme]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[idéalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Illuminations]]></category>
		<category><![CDATA[individualisme]]></category>
		<category><![CDATA[Jésus]]></category>
		<category><![CDATA[Lettre du voyant]]></category>
		<category><![CDATA[L’Âme humaine sous le socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[martyr]]></category>
		<category><![CDATA[michel murat]]></category>
		<category><![CDATA[Nietzsche]]></category>
		<category><![CDATA[Oscar Wilde]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[pensée straight]]></category>
		<category><![CDATA[progrès]]></category>
		<category><![CDATA[progressisme]]></category>
		<category><![CDATA[propriété privée]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[romantiques]]></category>
		<category><![CDATA[socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Utopie]]></category>
		<category><![CDATA[Verlaine]]></category>
		<category><![CDATA[Voyant]]></category>
		<category><![CDATA[Zarathoustra]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1188</guid>
		<description><![CDATA[Il faut en finir avec « les agenouillages anciens ». L’homme nouveau doit se relever &#8212; ce qui signifie pour Wilde comme pour Rimbaud qu’il doit réaliser sa beauté et sa noblesse, et par son éblouissante personnalité et la connaissance pleine et entière de lui-même, susciter l’inspiration.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dans <em>Génie</em>, le projet de Rimbaud est de proposer un nouvel idéal humain, une forme non religieuse de transcendance. </strong>D’après son discours, l’homme possède en lui (et non hors de lui) des virtualités latentes susceptibles de lui procurer une vie meilleure. Il promet l’avènement d’une humanité nouvelle et renouvelée. <strong>Dans <em>L’Âme humaine sous le socialisme</em>, Wilde ne parle pas d’autre chose.</strong> Partant du constat que l’homme est bafoué tous les jours dans son individualité, il imagine une éthique nouvelle destinée à le repositionner pleinement et entièrement dans le monde.</p>
<h2>Le salut par l’individualisme</h2>
<p><strong>Là où la comparaison devient sérieusement intéressante, c’est que pour Rimbaud comme pour Wilde, cette libération ne peut se réaliser que par la promotion de l’individualisme.</strong> Pour Wilde, la figure individualiste par excellence est celle du Christ. Dans son <em>Âme humaine</em>, il dépeint Jésus comme le gardien des personnalités et, dans le même temps, comme un des plus grands pourfendeurs de la propriété privée. Pour Wilde, plus que tout le reste, c’est elle qui est responsable de la faiblesse humaine: </p>
<blockquote><p>« La véritable perfection de l’homme réside non en ce qu’il a, mais en ce qu’il est. La propriété privée a broyé l’individualisme pour en ériger un faux. »</p></blockquote>
<p>Chez Rimbaud, le salut de l’humanité est également relié à une figure messianique. Mais tous les commentateurs ne s’accordent pas sur ce point: s’agit-il d’un Christ ou d’un Zarathoustra? Un peu des deux. Il est clair que le <em>Génie</em> rimbaldien relève d’une téléologie matérialiste (« il ne redescendra pas d’un ciel »). D&#8217;où, chez lui, une mise à mal des mécanismes linguistiques propres à l’éloquence de la religiosité chrétienne. 	</p>
<p>Une des clefs d’interprétation pour appréhender la place du religieux chez Rimbaud &mdash; et notamment dans <em>Génie</em> &mdash; peut nous être donnée, contre toute attente, par cette lecture de <em>L&#8217; Âme humaine</em>. Pour Wilde, l’apologie du Christ est constamment imbriquée avec l’éloge de l’individualisme &mdash; c’est aussi ce qu’on peut lire en substance dans son<em> De Profundis</em>. </p>
<blockquote><p>« Ce que dit Jésus, c’est que l’homme arrive à la perfection non point par ce qu’il a, ni même par ce qu’il fait, mais uniquement par ce qu’il est. »</p></blockquote>
<p><strong>Rimbaud pourrait avoir développé une conception similaire. Son <em>Génie</em>, à l’image du Christ wildien, a pour fonction de révéler l’homme à lui-même. Et pas de n’importe quelle façon: ni par le prêche ni par le commandement. Encore moins par le sacrifice! C’est par son propre individualisme qu’il est porteur de progrès.</strong> « C’est fait, lui étant ». Comme le suggère l’ensemble du poème, c’est pour cette raison que sa personnalité est synthétique: c’est le sens de l’aniéa 1 qui le présente comme une entité temporelle multiple et réunifiée (« il est le présent et l’avenir »). </p>
<p>Ce dernier point renforce notre fil conducteur. Car le <em>Génie</em> de Wilde, le Christ, est également un être synthétique. <strong>Romantique et dandy avant l’heure, il est à la fois la forme sublimée et concrète de l’Art, un harmonieux mélange d’hédonisme et d’ascétisme. Cette donnée nous amène à voir dans le projet rimbaldien une dimension esthétique et érotique du même ordre.</strong> Ainsi « l’abolition des souffrances » se fait dans la musique, les « malheurs nouveaux » sont l’objet d’un « chant clair ». Le <em>Génie</em> provoque, dans le même temps, la « tempête » et l’ « extase ». Il « dégage » et « brise », fait preuve de « grâce » et de « violence ». Il est artiste et homme d’action. </p>
<h2>Réaliser et souffrir l’Utopie</h2>
<p>Rimbaud dirige l’intensité de son texte vers un programme plus que vers une Utopie. De la même façon, pour Wilde, « progresser, c’est réaliser des Utopies »: </p>
<blockquote><p>« On aura de grandes accumulations de force pour chaque ville, au besoin pour chaque maison. Cette force, l’homme la convertira en chaleur, en lumière, en mouvement, selon ses besoins. Est-ce de l’Utopie, cela? »</p></blockquote>
<p>C’est en ce sens que les deux textes sont incroyablement programmatiques et concerts. <strong>Il est clair, pour les deux auteurs, qu’un travail souterrain opère déjà dans la société et qu’il ne lui suffit, en somme, que d’une révélation finale: par un nouveau gouvernement pour Wilde, par une nouvelle époque pour Rimbaud.</strong> Qui sont les ambassadeurs de cette nouvelle humanité à venir? &mdash; Les artistes et les savants. Ce sont eux les ultimes garants de l’amour propre et de l’originalité. </p>
<blockquote><p>« On peut se demander si nous avons jamais vu la complète expression d’une personnalité, si ce n’est sur le plan où évolue l’imagination de l’artiste. »</p></blockquote>
<p>Rappelons-nous que le <em>Génie</em> rimbaldien a déjà accompli des actions: « il a fait la maison ouverte à l’hiver écumeux », « il a purifié les boissons et les aliments ». Ce qui manque encore à sa pleine réalisation est exprimé dans le dernier alinéa du texte: de la reconnaissance. </p>
<blockquote><p>« Sachons, cette nuit d&#8217;hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour. »</p></blockquote>
<p><strong>Lucidité et clairvoyance. Rimbaud sait que la tâche n’est pas aisée et qu’elle suppose des combats, des « malheurs nouveaux ». Pas de progressisme idéaliste chez lui, pas plus que chez Wilde.</strong> Il incombe au <em>Génie</em> d’incarner des souffrances &mdash; il devra aussi composer avec l’abandon (« Et si l’Adoration s’en va »).  Il a vocation de martyr même s’il n’accomplit pas de rédemption. <strong>On pourrait dire qu’il souffre pour la beauté du geste. Et quoi de plus wiliden, surtout si l’on sait que « le monde hait les individualistes »</strong>: </p>
<blockquote><p>« Le moyen-âge avec ses saints et ses martyrs, son amour de la souffrance cherchée, sa furieuse passion de se faire des blessures, de s’entailler avec des couteaux, de se déchirer à coups de verges, le moyen-âge, c’est le vrai christianisme, et le Christ médiéval, c’est le Christ véritable. »</p></blockquote>
<h2>La charité n’est pas cette clé</h2>
<p><strong>Dans le discours de Wilde, l’altruisme et la charité sont des mécanismes psychologiques néfastes pour l’individu car démoralisants et dégradants. Ils sont directement responsables de son aliénation et l’empêchent de se réaliser. Pour Rimbaud aussi, « la charité engendre des pêchés en nombres ».</strong> Son <em>Génie</em>, pour cette raison, « n’accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes ». Il promet un « orgueil plus bienveillant que les charités perdues ». </p>
<p>Dans l’analyse de Wilde, l&#8217;abolition de la propriété privée rendrait possible le complet développement de l&#8217;individu mais le libérerait aussi et surtout de « la nécessité sordide de vivre pour les autres ». </p>
<blockquote><p>« Des hommes, par exemple, essaient de résoudre le problème de la pauvreté en maintenant les pauvres en vie ; ou, à un stade supérieur, en les distrayant. Mais ce n’est pas la solution : ça augmente les difficultés. L’objectif souhaitable serait la reconstruction de la société sur des fondements tels que la pauvreté y serait impossible. Mais le vertueux altruisme a empêché d’atteindre cet objectif. […] Disons que les remèdes participent de la maladie. » </p></blockquote>
<p>Dans l&#8217;avenir socialiste: ni misère, ni insécurité, ni travail pénible, ni maladie, ni laideur, ni gaspillage de l&#8217;esprit humain. Toutes les tâches pénibles seront effectuées par des machines (« aimée[s] des qualitiés fatales »), et chacun choisira librement son travail et son mode de vie. En fait, le monde sera peuplé d&#8217;artistes, chacun d&#8217;eux s&#8217;efforçant de trouver son propre chemin vers la perfection.</p>
<p><strong>Outre la charité, il faut aussi abandonner, comme dit Rimbaud: « ces superstitions, ces anciens corps, ces messages et ces âges ». Car la révolution dont il parle est aussi sexuelle et érotique: désormais, c’est le « délice surhumain » qui doit primer.</strong> Murat, sur ce point, décèle bien dans <em>Génie</em> une <em>crucis érotique</em>, c&#8217;est-à-dire une malice cachée de la part de Rimbaud. Il rappelle d&#8217;ailleurs que, dans leur correspondance, Verlaine et Rimbaud avaient pour habitude d&#8217;utiliser le vocabulaire religieux pour maquiller des allusions intimes, comme ce fut le cas de ce fameux « chemin de croix ». Wilde, aussi, évoque à plusieurs reprises dans son texte la disparition de ce qu’on appele aujourd’hui la <em>pensée straight</em> ou la <em>matrice hétérosexuelle</em>. </p>
<blockquote><p>« Quand disparaîtra la propriété privée, le mariage, sous sa forme actuelle, devra disparaître. [...] Jésus savait cela. Il se refusa aux exigences familiales, bien que, dans son temps et dans son pays, elles eussent une forme très précise. »</p></blockquote>
<p><strong>Il faut en finir avec « les agenouillages anciens ». L’homme nouveau doit se relever &mdash; ce qui signifie pour Wilde comme pour Rimbaud qu’il doit réaliser sa beauté et sa noblesse</strong>, et par son éblouissante personnalité et la connaissance pleine et entière de lui-même, susciter l’inspiration. Comme dirait Wilde, « qui veut mener une existence christique doit-il être parfaitement et absolument lui-même, qu’il soit grand poète, grand scientifique… ». Au fond, ne doit-il pas devenir « entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, &#8211; et le suprême Savant! ». Pas d’eucharistie mais l’abandon simple, radical et politique de tous les ennuis.	</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/genetique/voyance/wilde-et-rimbaud-ou-lelan-de-nos-facultes/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Bowie, The Bewlay Brothers</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/bowie-the-bewlay-brothers</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/bowie-the-bewlay-brothers#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 19:38:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[androgyne]]></category>
		<category><![CDATA[Andy Warhol]]></category>
		<category><![CDATA[Bewlay Bros. Music]]></category>
		<category><![CDATA[Brian Ward]]></category>
		<category><![CDATA[Changes]]></category>
		<category><![CDATA[Colin Thurston]]></category>
		<category><![CDATA[Daily Mail]]></category>
		<category><![CDATA[dandy]]></category>
		<category><![CDATA[dandysme]]></category>
		<category><![CDATA[David Bowie]]></category>
		<category><![CDATA[Fish]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[gender studies]]></category>
		<category><![CDATA[Holy Doly]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Hunky Dory]]></category>
		<category><![CDATA[Iggy Pop]]></category>
		<category><![CDATA[Ken Scott]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[pop art]]></category>
		<category><![CDATA[Queen Bitch]]></category>
		<category><![CDATA[RCA]]></category>
		<category><![CDATA[Stephen Thomas Erlewine]]></category>
		<category><![CDATA[The Bewlay Brothers]]></category>
		<category><![CDATA[The Man Who Sold The World]]></category>
		<category><![CDATA[Ziggy Stardust]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1135</guid>
		<description><![CDATA[<em>The Bewlay Brothers</em> exploite un des thèmes majeurs chez Bowie, à savoir le dysfonctionnement familial. La chanson raconte une relation amoureuse entre deux frères axée sur le concept de l’identité, de la mutation et de la désintégration.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Bewlay Brothers</em> est une chanson écrite par David Bowie en 1971 pour son quatrième album, <em>Hunky Dory</em>. Elle fut enregistrée aux Trident Studios alors que Bowie n&#8217;avait pas encore de contrat avec la RCA. </p>
<p>Ce morceau, bien que confidentiel, est un des chefs d’œuvre de Bowie, qu’il qualifie lui-même de palimpseste dans un entretien accordé au <em>Daily Mail</em> en 2008. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bowie5.jpg" alt="" /></p>
<h2>Au Diable, tout le monde!</h2>
<p>Cette notion de <em>palimpseste </em>fait clairement référence à la vision de Bowie dans les années 70. Il n’avait pas de lien fort avec le rock, mais s’en servait comme moyen d’expression et, conformément à l&#8217;idéologie du pop art, comme le meilleur moyen de façonner sa propre célébrité.</p>
<blockquote><p>« Je pense que la musique devrait être maquillée, qu’il faut en faire une prostituée, une parodie d’elle-même. »</p></blockquote>
<p>Pour Ken Scott, le producteur de l’album, <em>The Bewlay Brothers</em> était simplement destinée à susciter l’indignation des critiques. D’après son témoignage, Bowie aurait déclaré:</p>
<blockquote><p>« On va faire une chanson spécifiquement pour le marché américain […] Les paroles n’ont aucun sens, mais les Américains aiment bien donner un sens à tout, alors il n’auront qu’à y lire ce qu’ils veulent. » </p></blockquote>
<p>C’est un peu court comme explication. D’autant que <em>The Bewlay Brothers</em> exploite un des thèmes majeurs chez Bowie, à savoir le dysfonctionnement familial. La chanson raconte une relation amoureuse entre deux frères, axée sur le concept de l’identité, de la mutation et de la désintégration. Il s’agit d’une des créations les plus denses et les plus impénétrables de Bowie.</p>
<blockquote><p>Now my brother lays upon the Rocks<br />
He could be dead. He could not<br />
He could be You<br />
He’s Camelian, comedian,<br />
Corinthian and<br />
Caricature</p></blockquote>
<blockquote><p>
Maintenant mon frère est étendu sur les rochers<br />
Il est peut-être mort. Peut-être pas.<br />
Il est peut-être toi.<br />
C’est un Caméléon, un comédien,<br />
un Corinthien,<br />
Et une caricature</p></blockquote>
<h2>He’s Camelian</h2>
<p>De même que dans <em>Changes</em>, la première chanson de l’album, Bowie met l’accent sur la quête de l’identité et la mutabilité de la personnalité. À cette époque déjà, il se présente comme un imposteur et un dissimulateur.</p>
<p>En cause, sa peur panique de la répétition, tant musicale que visuelle, qu’il assimile à sa mort artistique. Voire corporelle: tout comme Warhol qu’il rencontra cette année-là et à qui il rend hommage dans la piste 8, Bowie était persuadé qu’il serait très prochainement victime d’un attentat sur scène. Il entame alors sa quête incessante du nouveau et du bizarre: Ziggy n’est pas encore né, mais il est déjà là, contenu dans son maniérisme. </p>
<p>Lors d’une visite promotionnelle aux États-Unis en janvier 1971, il avait été menacé par un homme armé d’un pistolet à qui son allure déplaisait. C’était, en effet, sa première apparition en public affublé d’une robe pour homme créée par M.Fish. Il y en aura d’autres cette année-là, comme lors de la célèbre émission <em>Holy Doly</em> sur Granada TV. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bowie1.jpg" alt="" width="150px" style="margin-right:10px" /> <img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bowie2.jpg" alt="" width="150px" /></p>
<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;il était déjà apparu sur la pochette de son album précédent, <em>The Man Who Sold The World</em> en septembre 1970. La couverture d&#8217;<em>Hunky Dory</em> est également signée Brian Ward: Bowie affiche un visage particulièrement féminin, auréolé de longues boucles blondes, qui n&#8217;est pas sans rappeler son cliché de 1969 en superbe sphinx androgyne arborant du rouge à lèvres. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bowie3.jpg" alt="" /></p>
<h2>Crutch-Hungry Dark</h2>
<p>Pour Stephen Thomas Erlewine, <em>Hunky Dory</em> est un ensemble kaléïdoscopique qui mêle ambiguïté sexuelle, kitsch et classe. Soit trois caractéristiques que l&#8217;on peut également appliquer à <em>The Bewlay Brothers</em>. Comme le décrit si bien David Buckley:</p>
<blockquote><p>
« Bowie chante par saccades (sa voix, comme dans tout l’album, est très aiguë dans le mix), laissant de longues pauses remplies par la guitare acoustique de Ronson, ce qui donne une impression globale de nostalgie. »</p></blockquote>
<p>C&#8217;est aussi une des nombreuses chansons homoérotiques du répertoire de Bowie. </p>
<blockquote><p>
In The Crutch-Hungry Dark<br />
Was where we flayed our Mark</p></blockquote>
<blockquote><p>Dans le noir assoiffé de sexe<br />
Nous avons dévoilé notre différence</p></blockquote>
<p><em>Queen Bitch</em>, où il fait également preuve d&#8217;une curieuse accentuation vocale, en est un autre exemple sur cet album.</p>
<h2>Bon à savoir</h2>
<p>Sous le nom de Bewlay Bros. Music, Bowie produisit plusieurs chansons dans les années 70, dont aussi celles d&#8217;Iggy Pop et Colin Thurston. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bowie4.jpg" alt="" /></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/bowie-the-bewlay-brothers/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La magique étude de Jacques Villeglé</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/la-magique-etude-de-jacques-villegle</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/la-magique-etude-de-jacques-villegle#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 16 Nov 2009 17:03:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Alchimie du verbe]]></category>
		<category><![CDATA[André Breton]]></category>
		<category><![CDATA[Apollinaire]]></category>
		<category><![CDATA[Baudelaire]]></category>
		<category><![CDATA[Bryen]]></category>
		<category><![CDATA[cubisme]]></category>
		<category><![CDATA[De Gaulle]]></category>
		<category><![CDATA[François Dufrêne]]></category>
		<category><![CDATA[Gil J. Wolman]]></category>
		<category><![CDATA[hypnagogoscope]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Villeglé]]></category>
		<category><![CDATA[Lautréamont]]></category>
		<category><![CDATA[Mallarmé]]></category>
		<category><![CDATA[Nixon]]></category>
		<category><![CDATA[Pentex]]></category>
		<category><![CDATA[Raymond Hains]]></category>
		<category><![CDATA[signes]]></category>
		<category><![CDATA[Tristan Tzara]]></category>
		<category><![CDATA[typographie]]></category>
		<category><![CDATA[ultra-lettre]]></category>
		<category><![CDATA[voyelles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1077</guid>
		<description><![CDATA[Avec Rimbaud, Villeglé partage ce goût immodéré de l’expressivité et de l’engagement universel des mots. Sous son poing et sous sa plume, les fameuses et fumeuses <em>Voyelles</em> renouent avec leur objectif initial.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Fasciné par l’usage de la typographie chez les cubistes, Jacques Villeglé s’attache, dès 1949, aux brouillages de lettres provoqués par les couches successives de papier sur les affiches de cinéma ou de propagande.</strong> Selon sa propre expression, ces lambeaux aléatoires révèlent de véritables « calembours rétiniens ».  </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/villegle1.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>En tant que grand amateur de poésie, Villeglé y voit l’expression de l’insaisissable malarméen.</strong>  Cette forme particulière d’écriture produite par les lacérations peut en effet se définir en termes de disparition et d’évitement. Pour lui, le lien est direct avec la démarche d’auteurs comme Tzara, Breton, Baudelaire, Apollinaire, Lautréamont, Rimbaud mais aussi les lettristes tels François Dufrêne et Gil J. Wolman.</p>
<h2>Abécédaire et alphabet</h2>
<p><strong>C’est  en 1969 que cet intérêt pour la typographie urbaine va réellement prendre de l’ampleur en même temps qu’un nouveau départ.</strong> Cette année-là, à la faveur de la visite de Nixon à De Gaulle, les graffitis investissent les murs du métro parisien en utilisant un code de lecture spécifique, dans lequel interviennent le politique, le social, le religieux, l’économique. Villeglé est fasciné:</p>
<blockquote><p>« Le 28 février 1969, de Gaulle reçoit Nixon. Je vois alors sur le mur d’un couloir de métro: les trois flèches de l’ancien parti socialiste, la croix de Lorraine gaullienne, la croix gammée nazie, la croix celtique inscrite dans le O des mouvements « jeune nation », « ordre nouveau », « occident », etc. Puis à nouveau les trois flèches dynamiques et barreuses de Tchakhotine indiquant sans autre commentaire le nom du président américain. L’impact des idéogrammes politiques ainsi assemblés primait sur tous les autres slogans anti-yankees de l’heure. »</p></blockquote>
<p>Partant de l’idée que tout système d’écriture reflète un état de pouvoir, Villeglé questionne et affronte l’histoire grâce à cette forme d’expression anonyme. Il s’attèle à la création d’un abécédaire où il joue tous les rôles: dessinateur, encyclopédiste et héraldiste.  Dans ce cadre, il n’hésite pas à utiliser des signes marquants, ayant en tête de débrouiller de nos mémoires des siècles de violence passée et à venir. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/villegle2.jpg" alt="" /></p>
<p>C’est peut-être pour cela que ses signes ont souvent l’air d’avoir été fait dans l’urgence et sans application: coulées de peintures, épuisement des teintes, lettres sans aplomb. Tout cela résonne comme la dénonciation de forces obscures à l’œuvre dans le monde. </p>
<p>Il décline, dans un premier temps, son alphabet sur des ardoises d’écoliers. À ceci près qu’il troque la craie contre le Pentex indélébile, décidant ainsi de rendre ses messages insolubles et éternels. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/villegle3.jpg" alt="" /></p>
<p>Très vite, cette poétique nouvelle fonctionne à double foyer: d’un côté l’esthétique du caractère, de l’autre l’éthique du message. </p>
<p>En 2006, il déclare non sans ironie:</p>
<blockquote><p>« Si les signes vous fâchent quand vous fâcheront les choses signifiées »</p></blockquote>
<h2>Ultra-lettres</h2>
<p>En parallèle, Villeglé réalisa avec Raymond Hains des expériences grâce à des verres cannelés qui, selon le principe de l&#8217;hypnagogoscope (réflecteur circulaire qui démultiplie les objets et les formes), permettent des déformations et des éclatements formels. Cette méthode, appliquée à la typographie, donna naissance à la découverte de l’ultra-lettre. </p>
<p>Ils passèrent ainsi dans leur machine le poème phonétique <em>Héperile</em> de Bryen, dont l’anti-syntaxe et l’allitération dénaturante ressortent littéralement de la page. Le résultat est réellement stupéfiant: à l’éclatement de la forme fait écho l’éclatement du sens. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bryen1.jpg" alt="" /></p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/bryen2.jpg" alt="" /></p>
<blockquote><p>« L’écriture n’a pas attendu notre intervention pour éclater, il y a des ultra-lettres à l’état sauvage. Notre mérite ou notre astuce, c’est d’avoir vu des ultra-lettres, là où nous étions habitués à voir des lettres déformées. »</p></blockquote>
<p>Dans le tract-préface, Bryen déclare: </p>
<blockquote><p>« Vive le courant d’air de l’illisible, de l’inintelligible, de l’ouvert ! En écrivant Hépérile en mots inconnus, je criais organiquement sans référence au vocabulaire – cette police des mots… Aujourd’hui, grâce à Raymond Hains et à Jacques de la Villeglé, les deux Christophe Colomb des ‘ultra-lettres’, voici le premier livre heureusement illisible […], le premier poème à dé-lire. »</p></blockquote>
<h2>Sophismes magiques</h2>
<p>Sur le hall d&#8217;entrée du centre culturel Saint-Louis de France, à l&#8217;occasion de l&#8217;inauguration de la médiathèque, <strong>Jacques Villeglé a réalisé en octobre 2009, une fresque à partir de son alphabet socio-politique et d&#8217;après l&#8217;<em>Alchimie du verbe</em> d&#8217;Arthur Rimbaud</strong>. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/villeglerimbaud.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>Pour sûr, avec Rimbaud, Villeglé partage ce goût immodéré de l’expressivité et de l’engagement universel des mots. Sous son poing et sous sa plume, les fameuses et fumeuses <em>Voyelles </em>renouent avec leur objectif initial</strong>: signifier, au sens le plus fort du terme,  « croisades, voyages de découvertes dont on n&#8217;a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs. »</p>
<p>Tout comme pour Rimbaud, rendre les mots accessibles à tous les sens fut pour Villeglé une étude, et d’une certaine façon, un dialogue perpétuel avec le désordre et l’enchantement. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/villegle4.jpg" alt="" /></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/la-magique-etude-de-jacques-villegle/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;érotique homosexuelle de Platon</title>
		<link>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/lerotique-homosexuelle-de-platon</link>
		<comments>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/lerotique-homosexuelle-de-platon#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 14 Nov 2009 15:40:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Get over it!]]></category>
		<category><![CDATA[Agathon]]></category>
		<category><![CDATA[âge d'or]]></category>
		<category><![CDATA[androgyne]]></category>
		<category><![CDATA[Aphrodite]]></category>
		<category><![CDATA[Aristophane]]></category>
		<category><![CDATA[Aristote]]></category>
		<category><![CDATA[Bible]]></category>
		<category><![CDATA[Daniel Borrillo]]></category>
		<category><![CDATA[Dominique Colas]]></category>
		<category><![CDATA[éraste]]></category>
		<category><![CDATA[éromène]]></category>
		<category><![CDATA[Eros]]></category>
		<category><![CDATA[Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[gay]]></category>
		<category><![CDATA[homoérotisme]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Le Banquet]]></category>
		<category><![CDATA[Lois]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Larivière]]></category>
		<category><![CDATA[Pausanias]]></category>
		<category><![CDATA[pédérastie]]></category>
		<category><![CDATA[Phèdre]]></category>
		<category><![CDATA[platon]]></category>
		<category><![CDATA[Socrate]]></category>
		<category><![CDATA[Zeus]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.arthurrimbaud.be/?p=1047</guid>
		<description><![CDATA[Le désir homosexuel dans <em>Le Banquet</em> et le <em>Phèdre</em>, textes que Platon utilise comme point de départ pour construire une érotique de nature métaphysique, constitue l'axe autour duquel s'articule la question de l'amour.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une partie de l’œuvre de Platon peut être lue comme une large et vaste réflexion érotique. Des pensées philosophiques qui proposent et célèbrent une forme suprême de l’amour: celle-là même qui permet à l’âme d’atteindre l’immortalité et d’accéder à un stade de développement absolu. Cette philosophie amoureuse a comme but ultime de dépasser l’univers sensible mais ne renie pas pour autant l’importance du plaisir et du désir charnel. </p>
<h2>La magique étude du bonheur</h2>
<p>Dans cette perspective, Platon n’aborde la question de l’amour que sous la forme de la pédérastie et de l’homoérotisme masculin qu’il faut comprendre comme l’attirance sensuelle mais aussi spirituelle d’un <em>éraste </em>(homme mûr) pour un <em>éromène </em> (jeune homme). À l’âge d’or, la pédérastie était institutionnalisée dans la cité grecque: le clivage hétéro/homosexualité n’existait pas. Seul l’attrait exercé par la beauté régissait les relations entre les partenaires, indépendamment de la question du sexe/genre. </p>
<p>Mais les relations entre hommes étaient malgré tout codifiées et donc soumises à certaines restrictions: la pédérastie impliquait obligatoirement une relation hiérarchique au sein de laquelle le plus âgé devait être viril et actif, et le plus jeune féminin, passif et obligatoirement imberbe. De même, la pénétration était interdite et la relation physique ne pouvait être qu’intercrurale. Dans cette perspective, l’<em>éraste</em> était un homme marié et l’<em>éromène</em> devait aspirer à la même chose selon un principe d&#8217;évolution. Dans l’Antiquité, il est impensable que deux hommes du même âge se mettent en couple et entretiennent des relations sexuelles alternées. </p>
<h2>Prendre âme et corps</h2>
<p>Dans <em>Le Banquet</em> et le <em>Phèdre</em>, comme le soulignent très justement Borrillo et Colas dans leur anthologie critique <em>L’Homosexualité de Platon à Foucault</em>: </p>
<blockquote><p>
« C’est précisément l’émotion qu’éprouve un homme mûr pour un garçon réunissant la grâce du corps et la beauté de l’âme qui est à la base de l’exercice philosophique. » </p></blockquote>
<p>C’est ainsi que Pausanias (l’<em>éraste</em> d’Agathon) évoque l’existence de deux Eros distincts:</p>
<ol>
<li>1.	Celui qui provient d’Aphrodite populaire, dont aiment les hommes et les femmes vulgaires et qui ne s’adressent qu’au corps</li>
<li>
2.	Celui qui provient d’Aphrodite céleste, dont aiment les pédérastes</li>
</ol>
<p>Selon lui, ce deuxième Eros exclusivement homosexuel est gardien de la démocratie athénienne, alors que chez les barbares et les tyrans il est considéré comme quelque chose d’honteux. Sur ce point précis, il rejoint les paroles de Phèdre: </p>
<blockquote><p>« Si donc il y avait moyen de former un Etat ou une armée d’amants et d’aimés, on aurait la constitution idéale […] et s’ils combattaient ensemble, de tels hommes, en dépit de leur petit nombre, pourraient presque vaincre le monde entier. »</p></blockquote>
<p>C’est aussi dans <em>Le Banquet</em> qu’Aristophane revient sur les origines mythologiques du désir amoureux. Pour les Grecs, il existait au commencement trois espèces d’êtres humains. À savoir, les hommes, les femmes et les androgynes qui avaient la particularité d’avoir leurs membres dédoublés : tête, bras, jambes mais aussi sexe. Pour les punir d’avoir essayer de combattre les dieux en s’élevant jusqu’au ciel, Zeus les coupa en deux pour les affaiblir. Et depuis, chaque individu ère dans l’espoir de retrouver sa partie manquante. </p>
<ol>
<li>1.	L’androgyne originel cherche le sexe opposé</li>
<li>2.	La femme originelle cherche le sexe féminin</li>
<li>3.	L’homme originel cherche le sexe masculin</li>
</ol>
<p>Dans le discours d’Aristophane, l’être originellement masculin qui aime les hommes est moralement supérieur et plus digne et, par sa double nature mâle, se consacre au gouvernement de la polis. </p>
<p>Plus loin, on peut encore lire la discours de Socrate pour qui il existe deux façons d’atteindre l’immortalité. La première est le simple enfantement biologique. Mais la deuxième relève proprement d’une dimension métaphysique. Encore une fois, il s’agit de ceux qui fécondent leur âme grâce à la beauté absolue des jeunes hommes. Ce sont eux qui sont capables d’accéder à la science des sciences.</p>
<h2>Le second Platon</h2>
<p>Malheureusement, dans ses récits ultimes, Platon condamnera ouvertement l’amour entre hommes, n’y voyant plus la sublimation de la vérité et de la sagesse mais bien l’expression d’un acte contre-nature. L’expression est lancée et l’on connaît son impact tristement majeur sur l’histoire de la morale sexuelle en Occident.  </p>
<p>En fait, ce vieux Platon n’a plus en tête l’ascèse philosophique mais bien quelque chose d’un tout autre ordre: la bonne gouvernance et l’ordre domestique. Dans les <em>Lois</em>, il n’hésite pas à jeter l’anathème sur quiconque ferait un usage infertile de sa semence et cède, ainsi, à une vision biologisante de l’amour et de la sexualité, tout comme le fera plus tard Aristote.</p>
<p>En réalité, cette condamnation de l’homosexualité n’aura eu aucun impact sur la société hellénique de son temps qui s’était, de toute évidence, dotée de dieux homosexuels pour créer des modèles à sa propre image et qui n’était pas encore prête à perdre cette bonne conscience. Il faudra attendre la rencontre de ces textes platoniciens de deuxième génération avec la Bible juive pour constater un réel impact négatif dans la perception de l’homosexualité.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.arthurrimbaud.be/get-over-it/lerotique-homosexuelle-de-platon/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
