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Codicologie,Esthétisme,Rimbaud · Released on juil, 11 · Writed with 793 words

Qui parle de « progrès » ?

Dans les années 60, Pierre Petitfils avait déjà lancé un appel à la population ardennaise dans l’espoir de retrouver des numéros intéressants du Progrès des Ardennes. Aucun texte n’avait alors pu être révélé à cette occasion. Que ce soit de Rimbaud, ou même de Delahaye.

Plusieurs éléments laissaient pourtant espérer une issue plus favorable:

  1. D’après Des Granges (1933), Le Dormeur du val aurait fait l’objet d’une publication dans la revue
  2. Rimbaud y a travaillé comme coursier (avril 1871)
  3. Il y a le fameux (pas trop fumeux cette fois) témoignage de Delahaye. Voir au chapitre V de ses Souvenirs familiers.

Petitfils obtint pour seul butin: un exemplaire stipulant un refus de parution dans la rubrique réservée à la correspondance.

« Impossible d’insérer vos vers en ce moment. Ce qu’il nous faut, ce sont des articles d’actualité et ayant une utilité immédiate. Quand l’ennemi ne sera plus sur notre sol, nous aurons peut-être le temps de prendre les pippeaux [sic] et de chanter les arts de la paix. Mais aujourd’hui, nous avons autre chose à faire.»

C’est signé Jacoby, directeur de la revue. Pour Jean-Jacques Lefrère, ce message pourrait bien être un refus à destination du Dormeur du val. C’est ce que semble indiquer les allusions faites au caractère trop bucolique et pacifiste de la soumission. L’affirmation de Des Granges serait alors confirmée.

Assurément, Le Rêve de Bismarck ne va pas du tout dans le même sens. Ce qui explique d’ailleurs et a forteriori sa présence dans les pages du périodique. Faut-il y voir un travail de Rimbaud ? Un effort pour s’inscrire dans le ton du Progrès ?

Jean-Jacques Lefrère, pourtant, n’y croyait pas une seconde avant aujourd’hui:

« Jacoby ne publia pas davantage de Bismark allagorique que l’on n’est pas près de retrouver (la première page du Progrès spécifiait que « les articles non insérés seront brûlés »). »

Enfin, il faut noter ceci du témoignage de Delahaye:

« Cet ingénieux symbole [...] ne fut pas inséré par l’homme grave qu’était Jacoby. Rimbaud lui envoya encore de son style, moi aussi, je dois dire – nous n’avions que ça à faire! – [...] Le Progrès des Ardennes recevait tout et n’insérait rien. Il y avait un hic, nous l’apprîmes trop tard. Ce qui gênait Jacoby c’est que nos élucubrations étaient signées de pseudonymes. Il nous en avertit le 29 décembre, en les termes suivants: « MM. Jean Baudry et Charles Dhayle. Vos articles m’intéressent, mais soulevez un peu le bavolet de votre loup, s.v.p. » »

On n’a pas retrouvé ce numéro du 29 décembre. Voir pour cela l’article de G.Dardart dans Parade Sauvage. Il ne fait pas partie de la fameuse collection des 19 exemplaires connus des rimbaldiens (et conservés à la Bibliothèque de Charleville-Mézières et à la BNF).

Caricature de Bismarck, Coriolanus

Ce qu’en pense Steve Muprhy

En quelques mots qui sont les siens: « plus intéressant historiquement et biographiquement que littérairement ». Pour Murphy, ce n’est pas ce que l’on peut appeler un grand texte. Mais il a le mérite de témoigner d’un certain sentiment national.

« On voit dans l’article que l’avènement de la République a converti le jeune Rimbaud au patriotisme. Il écrit un texte contre Bismarck pour protéger le nouveau régime. »

Ce qu’en pense J.-J. Lefrère

Pour Jean-Jacques Lefrère, c’est un texte polémique et de circonstance, mais qui n’apporte pas tant de matière littéraire que ça. S’il reconnaît au texte une certaine architecture et une verve maîtrisée dans la mise en scène, il atténue néanmoins l’effet d’euphorie qu’il a suscité :

« Il est probable que, dans les futures Œuvres complètes du poète, ce Rêve de Bismarck rejoindra plutôt les Pièces annexes. »

Concernant la question du patriotisme, il noie le poisson.

La question (posée) du patriotisme

Patriote pour la République, pas pour le Second Empire. N’exagérons rien tout de même. Ce que fait Rimbaud, ce n’est pas tant changer son fusil d’épaule. Enfin ! La patrouille, c’est toujours de bon ton.

Le Dormeur du val, aussi et surtout, est un poème républicain. Allons donc, bons amis. On ne peut pas être défaitiste : le soldat tourne tout de même la tête vers le soleil. C’est l’aube d’un jour nouveau. Difficile à croire ? On en revient souvent aux mêmes choses.

Entre les positions de juillet et celles de septembre : un mur ou un pont ?

Avec son pseudonyme de Jean Baudry, Rimbaud s’intéresse bien moins à Vacquerie qu’à Hugo. Le Rêve de Bismarck procède des mêmes envolées lyriques dédiées et vouées à Paris. Rimbaud, comme tout bon communard, s’exaspère aussi des prétentions prussiennes et supporte mal d’être la victime des manipulations politiques.

Faut-il pour autant rire sans craindre la mousse des rayons ? Ou tout bonnement, gommer la révolution prolétaire ?