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	<title>MOODYGUY &#187; Verlaine</title>
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	<description>Magazine de littérature, de philosophie et de sexualité dandy</description>
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		<title>Hombres « se passe de commentaires »</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Aug 2009 13:42:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Selon Steve Murphy, au sein de la critique française, le recueil <em>Hombres </em> de Verlaine souffre clairement « de réticences liées à la représentation de l’homosexualité ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>C’est au monde anglo-saxon, plus ouvert au champ des gay et gender studies, que nous devons les analyses les plus détaillées et les plus exhaustives du recueil <em>Hombres </em></strong> de Verlaine &mdash; la critique française et les biographes traditionnels du Poète Maudit brillant, dans ce domaine, par leur absence. Au mieux, le recueil est cité mais jamais sans une certaine condescendance suspecte. </p>
<p>Pour Steve Murphy, <strong><em>Hombres </em>souffre clairement « de réticences liées à la représentation de l’homosexualité »</strong> et d’une « radicale insensibilité d’une grande partie du lectorat hétérosexuel » &mdash; comme c’est le cas d’ailleurs pour les poèmes lesbiens de son autre recueil controversé, <em>Femmes</em>. </p>
<p>Pour rappel, Verlaine avait  en tête un projet qui devait paraître sous le titre <em>D’aucuns et d’aucunes</em>, dans lequel devait se trouver, d’une part, <em>Hombres</em>, d’autre part, <em>Femmes</em>. Ce dernier fut publié clandestinement par Henri Kistemaeckers en 1891, mais celui-ci refusa d’y associer, &mdash; comme c’était pourtant le vœu de Verlaine &mdash;, les poèmes homoérotiques de <em>Hombres </em>pour créer le diptyque.</p>
<p>Un des exemples les plus flagrants de cette incompréhension de la critique nous est donné par <strong>Etiemble, persuadé d’expliquer l’homosexualité de Verlaine comme un complexe d’Oedipe mal résolu</strong>, et fier de nous livrer cette douteuse approche de la nature réelle des relations amoureuses et sexuelles entre hommes en désignant <strong>Le Pauvre Lélian comme devant figurer la « mademoiselle du couple »</strong>. </p>
<p><strong>On est très loin de ce que Verlaine revendiquera dans <em>Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours</em></strong> où il définit les ébats homoérotiques comme plus intenses que le schéma hétérosexuel classique basé sur la dichotomie virilité(force)/féministe(faiblesse), et de ce fait,  comme sources d’un nouvel érotisme partagé: </p>
<blockquote><p>Leurs beaux ébats sont grands et gais. Pas de ces crises :<br />
Vapeurs, nerfs. Non, des jeux courageux, puis d&#8217;heureux<br />
Bras las autour du cou, pour de moins langoureux<br />
Qu&#8217;étroits sommeils à deux, tout coupés de reprises. </p></blockquote>
<p>N’en déplaise à cette tradition critique méprisante et désintéressée: <em>Hombres </em>et <em>Parallèlement </em>sont des œuvres littéraires clés métriquement, sémantiquement et symboliquement. Ces deux recueils représentent <strong>un véritable tournant dans la production homosexuelle de Verlaine</strong>.</p>
<h2>Stratégies (antérieures) d’évitement</h2>
<p><strong>Dans les textes antérieurs à ces deux productions essentielles, Murphy identifie des techniques que l’on pourrait qualifier d’évitement</strong>: Verlaine se sentant l’obligation de « réduire ou gommer sa responsabilité juridique et sociale. ». Ces mécanismes de prudence sont au nombre de trois:</p>
<ul>
<li><strong>1. Éviter tout engagement subjectif apparent</strong>
<p>Comme lorsqu’il semble « simplement » transposer <strong>le sujet d’un tableau dans <em>César Borgia</em> ou <em>Henri III</em></strong>, deux textes ouvertement homosexuels comme le suggèrent le contenu sémantique et l’emploi exclusif de rimes masculines. </li>
<li><strong>2. Se distancier en utilisant la satire </strong>
<p><strong>Voir <em>Le Pal</em> (opérette comique)</strong> ou les parodies des discours de Coppée ou Mérat que représentent<strong> des textes comme le <em>Dizain ingénu</em> ou <em>Le Sonnet du Trou du Cul</em></strong>. Plus marquant encore, <strong><em>La Mort des amants</em>, écrit en collaboration avec Léon Valade</strong> et dont seule la version de l’<em>Album zutique</em> à survécu: « La Mort des cochons », sous-titrée « Paroles de Baudelaire ».</li>
<li><strong>3.	Fournir un message opaque ou embrouillé</strong>
<p>Typiquement, c’est la stratégie mise en œuvre dans <strong>un texte saturnien comme <em>Marco </em></strong>où Verlaine brouille les pistes: le jeune homme convoité par les Sodomes se révèle être une femme à la fin du poème. </li>
</ul>
<p><strong>En fait, seul un texte comme <em>Le Bon Disciple</em> (mai 1872) semble échapper à ces trois catégories</strong> caractéristique de la production de Verlaine avant le tournant opéré en 1889. Sans doute, pour cette raison, n’avait-il jamais eu en tête de le publier &mdash; le manuscrit fut saisi par la police lors de son arrestation en 1873. </p>
<blockquote><p>
Toi le Jaloux qui m&#8217;as fait signe,<br />
Oui me voici, voici tout moi !<br />
Vers toi je rampe encore indigne !<br />
- Monte sur mes reins, et trépigne !</p></blockquote>
<h2>Une plus franche expression de l’homosexualité</h2>
<p>C’est avec son <strong>recueil <em>Parallèlement </em></strong>que, pour la première fois, Verlaine laissera s’exprimer librement son homosexualité et se livrera alors à un<strong> éloge systématique de la pédérastie</strong>. Il s’agit d’un tournant, nous dit Murphy: « <strong>l’évocation discrète cède la place à la revendication</strong> […] Verlaine s’efforce d’accomplir le retour de tout ce que la société refoulait en profitant de l’affaiblissement de la censure ». Ainsi, cet extrait de <em>Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours</em>:</p>
<blockquote><p>Et pour combler leurs vœux, chacun d’eux tour à tour<br />
Fait l’action suprême, a la parfaite extase,<br />
— Tantôt la coupe ou la bouche et tantôt le vase —<br />
Pâmé comme la nuit, fervent comme le jour.
 </p></blockquote>
<p><strong>Avec un recueil comme <em>Hombres</em>, Verlaine va plus loin encore dans le détail des ébats corporels entre hommes, ayant en tête de créer une œuvre obscène et choquante</strong>. L’effet fut plutôt réussi, même si d’aucuns ont préféré insister sur le prétendu caractère régressif de Verlaine à cette époque et sur son état de laideur et de vieillissement avancé ou avançant. </p>
<p><strong>En fait, c’est à Gide, Proust et Genêt qu’il faut reconnaître le mérite d’avoir mis un avant le vrai travail de Verlaine, de sape mais aussi d’affirmation</strong>. </p>
<p>Rien à voir, donc, avec de la culpabilité ou de la honte! Comme ont essayé de le démontrer certains critiques et bien plus encore Edmond de Goncourt dans son célèbre (et très homophobe) <em>Journal </em>en s’appuyant sur le caractère délibérément scabreux du recueil: </p>
<blockquote><p>Malédiction sur ce Verlaine […] sur ce pédéraste […] traversé de temps en temps par des peurs de l’enfer qui le font chier dans ses culottes […] qui a fait école , dans la jeunesse lettrée, de tous les mauvais appétits ; de tous les goûts antinaturels.</p></blockquote>
<p><strong>Verlaine avait choisi d’inspirer la répugnance, la révulsion du lecteur </strong>&mdash; comme avait pu le faire Baudelaire dans <em>Une charogne</em> &mdash; assumant, comme le précise Murphy, « des prédilections que l’époque tenait à confiner dans les limites étroites de la littérature psychiatrique » ; « <strong>Verlaine avait compris que cet hygiénisme qui réglait l’imaginaire social du XIXe siècle était pour l’homosexuel un véritable mur carcéral et que si l’on ne pouvait l’abattre, il était possible au moins d’y inscrire quelques graffiti.</strong> »</p>
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		<title>H des Illuminations et L&#8217;Enfant qui ramassa les balles</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Aug 2008 11:36:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme le rappelle <strong>Guyaux</strong>, la première explication cohérente du <strong>texte <em>H</em> des <em>Illuminations</em></strong> a été donnée par <strong>Étiemble et Yassu Gauclère</strong>: <strong>l’onanisme</strong>.  ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tous les textes de Rimbaud qui sont cités dans cet article sont disponibles en <a href="edition-numerique">édition numérique</a> sur le site.</p>
<h2>1. Les premières interprétations cohérentes de <em>H</em></h2>
<p>Comme nous le rappelle <strong>Guyaux</strong>, la première explication cohérente du <strong>texte <em>H</em> des <em>Illuminations</em></strong> a été donnée par <strong>Étiemble et Yassu Gauclère</strong>, dans leur <em>Rimbaud </em>de 1936. Ce sont, en effet, les premiers à avoir parlé de « mécanique érotique » pratiquée dans la solitude. En d’autres termes, <strong>d’onanisme et de masturbation</strong>.  </p>
<p>À leur suite, <strong>deux médecins</strong> ont corroboré l’interprétation : <strong>Jean Fretet</strong> (1946), et avant lui, <strong>Louis Auvinet</strong> (1941) :</p>
<blockquote><p>« […] nous pensons qu’Hortense n’est autre que l’instrument même du <strong>vice d’Onan</strong>. »</p></blockquote>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/onan.jpg" title="Onan" /></p>
<p>À ce titre, <strong>Claude-Edmonde Magny</strong> (dans sa biographie de 1949) prêtait à Rimbaud la pratique courante de la masturbation, jusqu’à la rencontre avec Verlaine. </p>
<p><strong>Mario Matucci</strong>, dans la première édition commentée des <em>Illuminations </em>(1952), reprend la constatation initiale d’Étiemble et Yassu Gauclère. </p>
<p><strong>Yves Denis</strong>, dans ses <em>Deux gloses de Rimbaud</em> (1968), sera le premier à associer l’onanisme rimbaldien à une <strong>réaction contre la bourgeoisie</strong>. Une sorte de <strong>lecture marxiste </strong>que reprend <strong>Antoine Adam</strong>, d&#8217;abord séduit par <strong>l&#8217;interprétation homosexuelle</strong>, en 1972 dans son édition des <em>Œuvres complètes</em> : </p>
<blockquote><p>« Hortense serait l’instinct sexuel tel que la nature l’a donné à l’homme. Mais les monstruosités des impératifs sociaux rendent atroces les gestes d’Hortense. Elle est souvent contrainte à la solitude, et celle-ci produit la « mécanique amoureuse », c’est-à-dire la masturbation. » </p></blockquote>
<h2>2. Le pressentiment d’Aragon sur <em>H</em></h2>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/aragon.jpg" title="Aragon" align="right" style="margin:0px 0px 0px 8px" />La l<strong>ecture masturbatoire</strong> du texte des <em>Illuminations</em>, bien avant la levée de voile d’ Étiemble et Yassu Gauclère en 1936, était <strong>déjà contenue dans l’<em>Anicet</em> d’Aragon (1920)</strong>. C’est du moins ce que constate Guyaux. Une sorte de lecture oblique pressentie, bien avant les exégèses. </p>
<p>Au début du roman, Anicet fait la rencontre d’un <strong>personnage plutôt excentrique</strong>, <strong>répondant au nom d’Arthur</strong>, et provenant des Ardennes. La <strong>démarcation </strong>ne fait aucun doute. On retrouve <strong>plusieurs éléments biographiques communs</strong>, comme la première fugue à Paris et ses conséquences. Or, dans le roman, au moment où cet Arthur fait ses <strong>premiers pas dans la vie sentimentale</strong>, trois personnages interviennent. </p>
<blockquote><p><strong>1. Hortense<br />
2. L***  (Lélian, donc Verlaine)<br />
3. Gertrud</strong></p></blockquote>
<p>Pour ce qui concerne <strong>Hortense</strong>, le texte d’Aragon est explicite pour Guyaux. Il s’agit bien d’une <strong>allégorie du plaisir solitaire</strong>. Il cite cet extrait : </p>
<blockquote><p>« Je me dérobai aux sollicitations du monde pour <strong>éviter de me mettre à nu devant tous</strong>. C’est à cette époque que je connus Hortense. Elle ignorait tout de la vie, mais non de l’amour. <strong>Image de la passivité</strong>, elle supporta <strong>mes fantaisies</strong> […]. Devant elle je pouvais dépouiller tout masque, <strong>penser haut</strong>, dévoiler l’intime de moi-même, sans crainte qu’elle n’y entendît rien. Elle me fut un <strong>manuel précieux</strong>. »</p></blockquote>
<p>Dans la suite du roman, on retrouve une allusion explicite elle-aussi : </p>
<blockquote><p>« <strong>Habitudé à Hortense</strong>, je me laissai aller à penser tout haut devant Gertrud, à transposer la vie, à me montrer au naturel. »</p></blockquote>
<p>Pour Guyaux : </p>
<blockquote><p>
« Aragon reprend au texte de Rimbaud l<strong>e prénom d’Hortense</strong>, <strong>le thème implicite</strong>, qui ne lui a pas échappé, et le mode de la périphrase mystificatrice. »</p></blockquote>
<p>À noter que dans sa <strong>préface de la réédition</strong>, en 1972, Aragon désigne très précisément la pièce des <em>Illuminations </em>qui lui a servi de source d’inspiration. </p>
<h2>3. Le mot de l’énigme : « H » pour « Habitude »</h2>
<p><em>H </em>des <em>Illuminations </em>suggère <strong>une énigme</strong>. C’est le sens du final : <strong>« Trouvez Hortense »</strong>, mais aussi du <strong>titre même du poème</strong>. La mystérieuse <strong>lettre « H »</strong>. C’est <strong>Faurisson </strong>qui, dans son fatras comme dit Guyaux, a identifié le mot à trouver commençant par « h » : </p>
<blockquote><p>
« Rimbaud fait d’Hortense <strong>le symbole de l’Habitude </strong>[…] et finit donc par évoquer généralement la masturbation comme le dit R. Étiemble. »</p></blockquote>
<p>En 1973, <strong>Marc Ascione et Jean-Pierre Chambom </strong>poinaient eux aussi le mot « habitude » comme un synonyme de la masturbation chez Rimbaud. </p>
<p>En réalité, il faut se rapporter au Coppée inscrit par Rimbaud sur l&#8217;album du peintre Félix Régamey, le 10 septembre 1872 à Londres : <em><strong>L’Enfant qui ramassa des balles</strong></em>. Satire orchestrée à l’encontre du <strong>Prince Impérial</strong>, le fils de Napoléon III. </p>
<p>Évidemment, la <strong>rime solitude/Habitude </strong>éclaire le sens des deux derniers vers, et du poème tout entier. En réalité, la démarcation est <strong>très proche de Coppée</strong>. On frôle la citation mot à mot de la pièce la plus célèbre de l’auteur, <em><strong>Le Passant </strong></em>: </p>
<blockquote><p>« Mais c’est qu’il dort déjà !<br />
Pauvre petit ! il a sans doute l’habitude.<br />
Mais quoi donc ? Ce silence et cette solitude,<br />
Cette nuit parfumée et cet enfant qui dort<br />
Me troublent. »</p></blockquote>
<p>C’est la scène où Silvia se penche sur Zanetto endormi. Bien entendu, les mots chez Coppée sont innocents, alors qu’ils sont complètement pervertis dans le <strong>pastiche de Rimbaud</strong>. Insolence et exercice de style obligent. L’habitude prend alors une <strong>majuscule pour référer à la chose </strong>bien connue, et qu’on ose à peine nommer. La masturbation. </p>
<p>On retrouve ce <strong>caractère implicite </strong>dans la <strong>pièce des <em>Illuminations</em></strong>, qui est elle aussi assez courte, et finalement <strong>proche de l’épigramme</strong>. Son intelligibilité, par contre, est d’un niveau plus difficile. La pointe est davantage maquillée. Pour Guyaux, <em>L’Enfant qui ramassa les balles </em>relève de <strong>l’insinuation</strong>, alors que <em>H </em>œuvre plutôt du côté de <strong>la dissimulation</strong>. </p>
<h2>4. Clef politique de <em>L’Enfant qui ramassa les balles</em></h2>
<p>La <strong>cible politique </strong>de <em>L’Enfant qui ramassa les balles</em>, nous l’avons déjà mentionné. C’est le <strong>Prince Impérial, fils de Napoléon III </strong>, mort en juin 1879 à 23 ans. Le <strong>dessin qui figure en regard du texte </strong>le représente avec de grandes oreilles. Ses biographes nous apprennent en effet qu’on l’appelait « oreillard ». </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/prince_imperial.jpg" style="border:0" title="Caricature du Prince Impérial figurant dans l'Album zutique" /></p>
<p>Rimbaud le connaît bien. Depuis le collège. À l’époque, il avait envoyé <strong>une ode en vers latin</strong> à l’occasion de la <strong>première communion du Prince</strong>, fêtée aux Tuileries en mai 1868. On connaît l’histoire par un de ses condisciples, un certain <strong>Jolly</strong>. Celui-ci, dans une <strong>lettre adressée à son frère</strong>, le 26 mai raconte l’entreprise de Rimbaud : </p>
<blockquote><p>« Tu connais sans doute les Rimbault [sic] ; l’un deux (celui qui est maintenant en 3ème) vient d’envoyer une lettre de 60 vers latins au prince Impérial à propose de sa première communion. »</p></blockquote>
<p>Dans cette lettre, on apprend que Rimbaud reçut une <strong>réponse dédaigneuse</strong> : le Prince lui aurait pardonné de bon cœur ses <strong>vers faux</strong> ! Il avait plus d’une raison de lui en vouloir. </p>
<p>C’est ainsi avec délectation que, dans l’<em><strong>Album zutique</strong></em>, il ironise sur la <strong>naissance du Prince</strong>. La pièce concernée est <em><strong>Vieux de la vieille !</strong></em> Il lui relie la date de la <strong>création de la Commune</strong>. Dans <em><strong>Ressouvenir</strong></em>, il enfonce encore le clou : </p>
<blockquote><p>« Cette année où naquit le Prince impérial<br />
Me laisse un souvenir largement cordial »</p></blockquote>
<p>Il l’évoque encore dans <em><strong>Exil</strong></em>, sous l’appellation « Petit Ramponneau ». </p>
<p>Mais dans <em><strong>L’Enfant qui ramassa les balles</strong></em>, Rimbaud s’attaque à un épisode bien précis de la vie du prince. Accompagnant l’ Empereur sur le <strong>champ de bataille à Sarrebrück</strong>, le 2 août 1870, <strong>le Prince avait ramassé une balle tombée à ses pieds</strong>. L’aventure prit des airs de <strong>fait de gloire</strong> ! Évidemment, les <strong>sarcasmes fusèrent</strong> dès que l’événement fut connu, et que fut divulguée la fierté que l’Empereur avait confié à l’Impératrice dans un télégramme envoyé le jour même. </p>
<p>De <strong>nombreuses caricatures</strong> furent associées à cet événement. <strong>Chambon </strong>en reproduit une dans le numéro 2 de la revue <em>Parade Sauvage</em> : <strong>Titi-Louis</strong>. D’autres surnoms furent donnés dans la <strong>presse satirique</strong>, dont le fameux « <strong>enfant de la balle</strong> ». </p>
<p>L’ironie prendra tout son sens lorsque le Prince, seul <strong>devant les Zoulous</strong>, fut littéralement <strong>criblé de sagaies</strong> et laissé pour mort par son cheval, Fade. </p>
<p>Concernant l’ Empereur: Rimbaud a écrit <em><strong>L’ Éclatante victoire de Sarrebrück</strong></em> et <em><strong>Rages de César</strong></em>. Dans <em><strong>Mauvais sang</strong></em> encore, il parle de lui comme d’une « <strong>vieille démangeaison</strong> ». </p>
<h2>5. Clef sexuelle de <em>L’Enfant qui ramassa les balles</em></h2>
<blockquote><p>« Il y a deux manières d’aborder le dizain du Prince impérial: par le sujet réel, l’Habitude, avec tout ce qu’il comporte de trouble ; ou par son sujet apparent: l’anti-impérialisme de Rimbaud, dont il est évidemment une manifestation », nous dit Guyaux.</p></blockquote>
<p>Concernant ce <strong>« sujet réel » un peu trouble</strong>, il perçoit le <strong>premier degré de l’allusion au vers 3</strong>, avec : « entend germer sa vie », soit l’éclosion de la puberté. Ensuite, <strong>à partir du vers 6</strong>, les sous-entendus se multiplient : « buste exquis », « brèches de l’Avenir ». </p>
<p>Et puis, il y a<strong> l’évolution de l’ « ancien jouet » au « bel Enghien »</strong>. Lire « bel engin », jeu de mots révélé initialement par <strong>Ascione et Chambon</strong>. Enghien renvoie aussi à l’histoire. Celle du <strong>duc d’Enghien, enlevé et fusillée sur l’ordre de Bonaparte</strong>. Une façon aussi d’amener un <strong>autre calembour, celui figurant en astérisque</strong>: </p>
<blockquote><p>*parce que « Enghien chez soi » !</p></blockquote>
<p>Cette même formule se retrouve dans <em><strong>Conneries </strong></em>de l’<em>Album zutique</em>. Voir dans <em>Paris </em>:</p>
<blockquote><p>
Sergents de ville, Enghiens<br />
Chez soi. — Soyons chrétiens !</p></blockquote>
<p>C’est <strong>Antoine Adam</strong> qui en révéla la source : une <strong>publicité s’appliquant à des traitements pour la gorge</strong>. <strong>Michael Pakenham</strong> l’a retrouvée dans <em>La Vogue parisienne</em> du 27 mai 1870. <strong>Stéphane Taute</strong> en donne une trace dans le <em>Journal officiel de l’Empire français</em> et dans le <em>Courrier des Ardennes</em> en avril-juin 1870. </p>
<p><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/enghien.jpg" title="Publicité « Enghien chez soi »" /></p>
<p>Cette publicité vante les mérites d’un <strong>appareil pulvérisateur</strong> permettant de s’injecter à domicile (« chez soi ») de l’eau minérale sans passer par la <strong>cure d’Enghien</strong>, pour guérir des maladies de la gorge, des grippes ou des bronchites. L’image même de la publicité invite à des <strong>sous-entendus scabreux</strong>. </p>
<h2>6. La solitude dans <em>H </em></h2>
<p>Le <strong>mot « solitude »</strong> est <strong>commun aux deux textes</strong>. Dans <em>H</em>, il est en quelque sorte aussi <strong>placé à la rime</strong>. En réalité, il rime à l’intérieur de deux phrases doubles : </p>
<blockquote><p>Sa solitude es la mécanique érotique<br />
Sa lassitude, la dynamique amoureuse</p></blockquote>
<p>Le <strong>mot « Habitude »</strong> est donc doublement appelé, doublement sollicité: par le <strong>titre du poème</strong> (Rimbaud donne la première lettre), et par cette <strong>sorte de rime en prose</strong>. </p>
<p>Comme dans <em><strong>L’Enfant qui ramassa les balles</strong></em>, <strong>les allusions sont de plus en plus précises</strong> au fur et à mesure du texte: « hygiène des races », « sol sanglant », « hydrogène clarteux ». Cette porte ouverte aux <strong>fantasmes actifs et passifs</strong>. </p>
<p>Enfin, alors que dans le dizain, le mot « Habitude » finissait en pointe, ici nous avons « <strong>Hortense </strong>». Ce prénom pourrait relier d’ailleurs de manière amusante les deux textes: c’était le prénom de la <strong>mère de Napoléon III</strong>. Dans ce contexte, « Hortense » est surtout le personnage d’une <strong>chanson paillarde parue dans le <em>Parnasse satirique</em></strong>. Mais, après tout, peut-être n’a-t-elle pas d’autre vertu que de <strong>fournir l’initiale « H »</strong>. </p>
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		<title>La Chasse spirituelle de Rimbaud, ou le mythe du manuscrit disparu</title>
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		<pubDate>Sun, 25 May 2008 12:51:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[le 19 mai 1949, le journal <em>Combat</em> publie des extraits d’un inédit de Rimbaud : <em><strong>La Chasse spirituelle</strong></em>. André Breton crie aussitôt à l’imposture. Vrai, c'était bien un faux!]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Un mythe inventé par Verlaine et Rimbaud</h2>
<p>Le mythe du manuscrit perdu de Rimbaud commença avec la publication des <em><strong>Poètes maudits</strong></em>, en 1884. Après avoir mentionné quelques vers de 1872, Verlaine y écrit ceci: </p>
<blockquote><p>Un prosateur étonnant s’ensuivit. Un manuscrit dont le titre nous échappe et qui contenait d’étranges mysticités et les plus aigus aperçus psychologiques tomba dans des mains qui l’égarèrent  sans savoir ce qu’elles faisaient.</p></blockquote>
<p>Les mains accusées sont bien sûr celles de son ex-femme, <strong>Mathilde Mauté</strong>. Lorsque Verlaine s’était enfui à Londres avec Rimbaud en juillet 1872, il avait laissé derrière lui, c&#8217;est-à-die chez ses beaux-parents, des <strong>lettres compromettantes </strong>échangées avec son amant : pour la plupart, des lettres martyriques et explicites de Rimbaud. </p>
<p>Verlaine apprit très vite que Mathilde avait mis la main dessus, et les avait transmises à sa mère, Madame Verlaine, ainsi qu&#8217;à Philippe Burty, ami du couple. Elle avait introduit une <strong>demande de divorce </strong>et cherchait en effet à prouver l&#8217;existence d&#8217;une <strong>relation (homo-)sexuelle </strong>entre son mari et Rimbaud. </p>
<p>On pense que c&#8217;est pour récupérér cette correspondance intime, et <strong>éviter les poursuites pénales</strong>, que <strong>Verlaine aurait inventé l&#8217;histoire du manuscrit volé</strong>. Il écrivit ceci à Burty : </p>
<blockquote><p> [...] je viens vous avertir que ces fragments de &laquo;&nbsp;lettres&nbsp;&raquo; de Rimbaud ne sont que les pages éparpillées au gré de la main farfouilleuse et décacheteuse et crocheteuse de la famille Mauté aux 4 vents de la calomnie bourgeoise, d’un manuscrit à moi confié par ledit Rimbaud, intitulé la Chasse spirituelle  sous pli cacheté  avec le titre et le nom de l’auteur dessus : cas prévu par la loi  (que ne se ferait pas faute en cas de plus longue détention abusive, de réclamer, légalement ledit Rimbaud, mineur assisté de sa mère que nous avons mis au courant de tout  et qui n’a pas l’air disposée, non plus que moi, à rester inactive davantage devant ces possibles manoeuvres.)[...] </p></blockquote>
<p>Par un savant stratagème, il aurait ainsi fait croire que les lettres étaient, en fait, les pages d’un manuscrit en prose de Rimbaud. Dans le même temps, il fit parvenir à sa mère la fameuse liste d’objets à récupérer.</p>
<blockquote><p>Un manuscrit, sous pli cacheté, intitulé la <em><strong>Chasse spirituelle</strong></em>, par Arthur Rimbaud. </p>
<p>Une 10.e de lettres du précédent, contenant des vers et des poëmes en prose.</p></blockquote>
<p>Conjointement, Rimbaud confia à sa mère, « mise au courant de tout », le soin de récupérer à Paris le pseudo-manuscrit! On sait que <strong>Madame Rimbaud </strong>se rendit effectivement chez les Mauté et qu’elle revint bredouille chez elle, et pour cause : le manuscrit n’existait pas et les lettres de Rimbaud étaient déjà chez l’avocat. </p>
<p>Verlaine fit <strong>deux ans de prison ferme</strong>, après un examen médico-légal.</p>
<p>Mais l&#8217;affaire ne s&#8217;arrêta pas là. En 1888, dans <strong><em>Les Hommes d’aujourd’hui</em></strong>, Verlaine renouvela ses accusations envers son ex-épouse :</p>
<blockquote><p>des poèmes furent confisqués (c’est le mot  poli) par une main qui n’avait que faire là, non plus que dans un manuscrit en prose à jamais regrettable et jeté avec eux dans quel ? et quel ! panier rancunier pourquoi ?</p></blockquote>
<p>De quoi semer le doute. Après sa mort, <strong>Isabelle Rimbaud </strong>prit contact avec Mathilde, lui demandant plus d&#8217;informations à ce sujet : le réponse lui apprit que des lettres avaient en effet été brûlées, mais en aucun cas des poèmes. </p>
<p>En 1907, paraît la biographie de Verlaine par <strong>Edmond Lepelletier </strong>: la fameuse liste d’objets personnels que le poète avait voulu récupérer en novembre 1872, après sa fuite vers l&#8217;Angleterre, est rendue publique. </p>
<p>En 1912, <strong>Paterne Berrichon </strong>reprend l&#8217;affaire,  en ajoutant que Rimbaud l’avait instamment réclamé à sa mère, ce qui laissait entendre qu’il lui accordait une importance capitale. Le mythe était à son comble. </p>
<p>Ces témoignages n&#8217;empêchèrent pas <strong>Mathilde</strong>, dans ses mémoires parues en 1935, de continuer à en nier l&#8217;existence, et de prendre à parti le clan Rimbaud : </p>
<blockquote><p>Je m&#8217;étonne qu&#8217;Isabelle Rimbaud aujourd’hui madame Paterne Berrichon, n’ait jamais parlé à son mari de nos lettres échangées et que ce dernier persiste à réclamer des manuscrits qui n’ont jamais été chez mon père et qu’il eût été plus logique de chercher au domicile de Rimbaud, rue Campagne-Première. </p></blockquote>
<h2>Un mythe inventé par Bataille et Akakia-Viala</h2>
<p>Le 19 mai 1949, le journal <strong><em>Combat </em></strong>de Maurice Nadeau annonça qu&#8217;on avait récupéré par hasard le manuscrit légendaire, publié le même jour par le <strong><em>Mercure de France </em></strong>sous la houlette enthousiaste de Maurice Saillet et de Pascal Pia. </p>
<p>Le texte de 34 pages, divisé en cinq chapitres &#8211; <em>Vaudeville</em>, <em>Vacances païennes</em>, <em>Eden</em>, <em>Infirmités</em>, <em>Marécages </em>-, sonnait comme du vrai Rimbaud. L&#8217;ensemble fut présenté avec une <strong>préface de Pascal Pia</strong>, mettant en lumière certains parallèles avec des passages bien connus de l&#8217;oeuvre rimbaldienne, et semblant ainsi en prouver la véracité.</p>
<p>C&#8217;est <strong>Breton </strong>qui dénonça le premier la supercherie. Première évidence à ses yeux : comment croire à de telles redites chez Rimbaud ? Très vite, les métaphores apparurent lourdement parodiques.</p>
<p>Dès le 2 juillet, le <em>Mercure de France</em> retira l&#8217;opuscule des librairies, et les auteurs de cette <em>Chasse spirituelle </em>se démasquèrent. Il s&#8217;agissait de deux comédiens : <strong>Nicolas Bataille </strong>et <strong>Akakia-Viala</strong>, dont le spectacle &laquo;&nbsp;poétiq ue&nbsp;&raquo; sur scène avait été démoli par la presse un an plus tôt. Vengeurs, ils avaient simplement voulu tendre ce piège à leurs critiques ingrats.</p>
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		<title>Verlaine, Sur une statue</title>
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		<pubDate>Fri, 02 May 2008 14:44:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans sa lettre à Cazals du 29 août 1889, Verlaine parle d’une <strong>promenade dans un parc</strong>, non loin des montagnes du Revard. Elle avait alors pris un tour très rimbaldo-verlainien : « L’enfant, nu un gamin dans les quinze ans, dort ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><h4>Premières publications</h4>
<p><em>Le Courrier français</em>, le 12 juillet 1891<br />
<em>Parallèlement</em>, 1894 (2e édition)</p>
<h4>Éditions</h4>
<p>VERLAINE Paul, <em>Hombres</em>, édition établie par Steve Murphy, H&#038;O éditions, Béziers, 2005
</p></blockquote>
<blockquote><p>Eh quoi ! dans cette ville d’eaux,<br />
Trêve, repos, paix, intermède<br />
Encor toi de face ou de dos,<br />
Beau petit ami Ganymède ?</p>
<p>L’aigle t’emporte on dirait comme<br />
À regret de parmi des fleurs<br />
Son aile d’élans économe<br />
Semble te vouloir par ailleurs</p>
<p>Que chez ce Jupin tyrannique<br />
Comme qui dirait au Revard<br />
Et son œil qui nous fait la nique<br />
Te coule un drôle de regard</p>
<p>Bah, reste avec nous, bon garçon,<br />
Notre ennui viens donc le distraire<br />
Un peu, de la bonne façon.<br />
N’es-tu pas notre petit frère ?</p>
<p>Aix-les-Bains, 7<sup><u>bre</u></sup> 89</p></blockquote>
<h2>De Ganymède et du poème</h2>
<p>D’après la mythologie grecque, <strong>Ganymède </strong>était le plus bel adolescent vivant sur terre. <strong>Zeus</strong> en tomba éperdument <strong>amoureux </strong>et le choisi pour être son amant et l&#8217;échanson des dieux. C’est <strong>sous la forme d’un aigle </strong>que Zeus enleva le jeune homme. </p>
<p>Pour le lecteur contemporain de Verlaine, cette figure mythique représentait, sans conteste, comme le souligne D.Fernandez : </p>
<blockquote><p>« le symbole de l’audace nécessaire à un amour qui défie les règles communes »</p></blockquote>
<p>Dans son <em>Dictionnaire érotique moderne</em>, Delvau en donne d’ailleurs la définition suivante : </p>
<blockquote><p>« Ganymède. Ce que l’on nommait anciennement un giton et que les Parisiens appellent une tante. »</p></blockquote>
<p>Dans sa lettre à Cazals du 29 août 1889, Verlaine parle d’une promenade dans un parc, non loin des montagnes du Revard. Elle avait pris <strong>un tour très rimbaldo-verlainien </strong>: </p>
<blockquote><p>« L’enfant, nu un gamin dans les quinze ans, dort, jambes pendantes, au dos de l’aigle qui s’essore en s’appuyant sur ses serres. Ganymède dort ou semble dormir, &#8211; tête fine, cheveux bouclés retombant, coprs fluet mais au point. Je répète, c’est très voluptueux. »</p></blockquote>
<p>La statue a disparu pendant la seconde guerre mondiale. On la connaît aujourd’hui grâce à quelques vieilles cartes postales et au croquis fait par Verlaine : croquis qu&#8217;il envoya le 10 décembre à Cazals, conjointement au poème. </p>
<p>Aujourd’hui, le mythe fait l’objet d’un <strong>tryptique de Pierre et Gilles </strong>(2007).</p>
<p><a title="Ganymède par Pierre et Gilles (2007)" alt="Ganymède par Pierre et Gilles (2007)" href="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/ganymene_p_et_g.jpg" rel="lightbox"><img src="http://www.arthurrimbaud.be/images/get/ganymene_p_et_g.jpg" title="Ganymède par Pierre et Gilles (2007)" alt="Ganymède par Pierre et Gilles (2007)" ></a></p>
<h2>(In)fortunes de publication</h2>
<p>Longtemps, <em>Hombres </em>n’est resté accessible que grâce à des <strong>éditions clandestines</strong>, la première étant celle d’Albert <strong>Messein</strong>, en 1903 ou 1904, tirée à 525 exemplaires sous le manteau. Verlaine avait vendu ses vers à <strong>Vanier</strong> en 1892, et c’est en rachetant la librairie et les fonds de manuscrits que Messein avait pu mettre la main sur le précieux recueil. </p>
<p>Mais ce premier ensemble de textes recopiés avec plus ou moins de fortune présentait évidemment un certain nombre d’erreurs et de difficultés. Il fallut alors attendre l’édition de Jean Texcier, alias <strong>Jissey</strong>, pour disposer, en 1949, d’une édition soignée. Jissey fut en effet le premier à accéder au <strong>lot d’autographes complet</strong>. Ensuite, Jean-Paul Corsetti et Jean-Pierre Giusto finirent, ou tout du moins continuèrent, le travail. </p>
<p>La première allusion faite au recueil se trouve dans une <strong>lettre de Verlaine à Léon Deschamps </strong>: il y parle d’un certain volume « de vers familiers et plutôt satiriques à la Martial ». Verlaine rapprochait ce recueil de <strong><em>Parallèlement</em></strong>, lui aussi empreint d’allusions homosexuelles assez audacieuses, et de <em><strong>Dédicaces</strong></em>, qu’il avait aussi failli appelé <strong><em>Amis</em></strong> ou <em><strong>Les Amis</strong></em>. </p>
<p>Verlaine avait en fait en tête un projet « <em><strong>D’aucuns et d’aucunes </strong></em>», dans lequel devait se trouver, d’une part, <strong><em>Hombres</em></strong>, d’autre part, <strong><em>Femmes</em></strong>. </p>
<p>Ce dernier fut publié clandestinement par Henri <strong>Kistemaeckers</strong> en 1891, mais celui-ci refusa d’y associer, – comme c’était pourtant le voeu de Verlaine –,  les <strong>poèmes homoérotiques </strong>de <em>Hombres </em>pour créer le diptyque. Sans doute y eut-il d’autres tentatives : on pense à Edmond Deman ou Robert de Montesquiou. Quoiqu’il en soit, et sans doute faute de mieux, Verlaine confia les douze textes à Vanier. </p>
<h2>Le titre du recueil</h2>
<blockquote><p>« Hombres n’était pas que le mot espagnol pour « hommes ». On s’est penché à juste raison sur les implications d’une prononciation à la française du mot : Verlaine voulait évoquer <strong>la vie dans l’ombre de la société des « pédérastes »</strong> dans des poèmes eux-même destinés à une existence crépusculaire sinon fantomatique », </p></blockquote>
<p>C&#8217;est ce que nous rappelle Murphy. Mais cette <strong>hispanisation </strong>serait aussi une envie de s’évader du contexte austère du Second Empire. Serait-ce le côté <strong>Romantique</strong> (et Rome Antique) de Verlaine ? Sans doute faut-il y voir son goût avoué pour ces choses du Sud, qu’affectaient aussi Musset, Hugo ou Gauthier. Verlaine se caricatura lui-même sans son <em><strong>Dizain mil huit cent trente </strong></em>:  </p>
<blockquote><p>Je suis né romantique et j’eusse été fatal<br />
En un frac très étroit aux boutons de métal,<br />
Avec ma barbe en pointe et mes cheveux en brosse.<br />
Hablant espanol, très loyal et très féroce,<br />
Œil idoine à œillade et chargé de défis.<br />
Beautés mises à mal et bourgeois déconfits<br />
Eussent bondé ma vie et soûlé mon coeur d’homme.<br />
Pâle et jaune, d’ailleurs, et taciturne comme<br />
Un infant scrofuleux dans un Escurial&#8230;<br />
Et puis j’eusse été si féroce et si loyal !</p></blockquote>
<p>C’est la même démarche qui le pousse à signer son recueil saphique <em><strong>Les Amies </strong></em>du nom de « Pablo Maria de Herlagnez », en 1868. Il voulait reprendre ce pseudonyme pour <em>Femmes</em>. </p>
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		<title>Je suis gay et je suis en colère</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Mar 2008 13:30:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout le Parnasse était au complet [...]. <strong>Le poète saturnien. Paul Verlaine, donnait le bras à une charmante jeune personne, Mlle Rimbaut [sic].</strong>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Couverture jaune-serin</h2>
<p>Dans sa chronique théâtrale du <em><strong>Peuple Souverain</strong></em> du 16 novembre, le journaliste Edmond Lepelletier (pseudonyme : Gaston Valentin), camarade d’enfance et futur biographe de Verlaine, fait part de la <strong>présence des deux poètes au théâtre de L’Odéon</strong>. </p>
<p>Ils assistent alors à la représentation d’une idylle en un acte et en vers de Glatigny, <em>Le Bois</em>. On peut lire :</p>
<blockquote><p>« Tout le Parnasse était au complet, circulant et devisant au foyer, sous l’œil de son éditeur Alphonse Lemerre. On remarquait ça et là le blond Catulle Mendès donnant le bras au flave Mérat. Léon Valde, Dierx, Henry Houssaye causaient ça et là. <strong>Le poète saturnien. Paul Verlaine, donnait le bras à une charmante jeune personne, Mlle Rimbaut [sic]</strong>. En somme excellente soirée pour l’Odéon. »</p></blockquote>
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		<title>Verlaine était-il Jeune Goinfre ?</title>
		<link>http://www.moodyguy.net/verlaine/verlaine-etait-il-jeune-goinfre</link>
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		<pubDate>Sat, 08 Mar 2008 13:29:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’emploi du <strong>prénom Paul </strong>nous place dans les cercles et <strong>cénacles de camaraderie</strong>, soit une référence non destinée au grand public.
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			<content:encoded><![CDATA[<h2>1. Introduction au sujet des Conneries</h2>
<p>Il est fort à parier que Rimbaud a écrit les <em>Conneries</em> en pensant, sinon à un triptyque, du moins à un diptyque clair entre <em><strong>Jeune Goinfre</strong></em> et <em><strong>Paris</strong></em>. Ces deux textes sont totalement inséparables.  Le premier ne contient que des <strong>rimes féminines </strong>(ce qui renvoie largement à son contenu homosexuel). Le second, que des <strong>rimes masculines</strong>. </p>
<p>Pour <em>Jeune Goinfre</em> et <em>Cocher ivre</em>, la <strong>métapoésie zutiste </strong>vise le sonnet et le dégonfle à souhait, notamment par la substitution de vers courts asyntaxiques aux alexandrins.</p>
<p>Dans <em>Jeune Goinfre</em>, les procédés se complexifient via la <strong>scatologie</strong>, le <strong>burlesque </strong>et l’emploi du <strong>prénom Paul </strong>qui nous place dans les cercles et <strong>cénacles de camaraderie</strong>, soit une référence non destinée au grand public.</p>
<h2>2. Suites et suppositions : Paul</h2>
<p>Il y a bien sûr un <strong>clin d’œil plus qu’évident à Verlaine</strong>, et l’on serrait tenté de s’en tenir là sans chercher midi à quatorze heures.</p>
<p>Pourtant, c’est l’habitude de voir se <strong>superposer les références</strong>. Ainsi, Paul revient sous la plume d’auteurs comme <strong>Musset</strong>, <strong>Vacquerie </strong>(allusion à Paul Meurice) ou <strong>Laforgue </strong>(<em>Paul et Virginie</em> ou Paul Bourget ?). Mais il est assez douteux que Rimbaud ait directement tiré sa parodie de ces sources-là.</p>
<p>À noter que Verlaine écrira des années plus tard, dans <em><strong>Jadis et Naguère</strong></em>, le texte <em><strong>Images d’un sous</strong></em>, appelé dans un premier temps <em>Le Bon Alchimiste</em> (lettre à Lepelletier 24-28 novembre 1873). </p>
<p>Il s’agit d’une évocation humoristique de la <strong>solitude de Paul après le départ de Virginie</strong>. Si l’on suppose que ce <strong>bon alchimiste verlainien </strong>s’oppose au <strong>mauvais alchimiste rimbaldien</strong> (<em>Alchimie du verbe</em>), l’on doit renoncer -– non sans joie ! &#8212; à voir se profiler l’ombre de Mathilde au profit de celle de <strong>l’amant terrible</strong>.</p>
<h2>3. Les apophtegmes de Verlaine</h2>
<p>« <strong>Un Paul peut donc en cacher un autre </strong>» conclut Murphy. Verlaine lui-même se considérait la cible de <em>Jeune Goinfre</em>. C’est ainsi qu’il avait apposé , en guise de commentaire du texte, des <strong>apophtegmes parodiques </strong>:</p>
<blockquote><table>
<tr>
<td width="150">maxime sévère.-<br />
La pédérastie est un cas<br />
        Est un cas bandable<br />
P. de Molière</td>
<td>[ La polygamie est un cas<br />
Est un cas pendable.]</td>
</tr>
</table>
<table>
<tr>
<td width="150">_____<br />
Autre.<br />
La propériété c’est le viol.<br />
Proudhon.</td>
<td>[ La propriété, c’est le vol.]</td>
</tr>
</table>
</blockquote>
<p>Dans la première sentence, Verlaine <strong>reprend les images obscènes </strong>de <em>Jeune Goinfre</em> pour faire mine de critiquer l’homosexualité évidente du texte.</p>
<p>Dans la deuxième, il y a un ensemble de sous-entendus à mettre en évidence. Comme Proudhon, Rimbaud serait un anarchiste. Et d’après certains récits (dont celui de Mallarmé), il subtilisait des objets chez ses hôtes (ce qui montre que la propriété n’avait pas vraiment de statut pour lui).</p>
<h2>4. Le bon intertexte : Ratisbonne</h2>
<p>C’est dans un autre pièce de l’<em>Album zutique</em> que l’on trouve la cible textuelle -– et nominative &#8212; du <em>Jeune Goinfre</em> appelé Paul. Du moins c’est cette pièce, <em><strong>L’Angelot maudit</strong></em>, qui nous met sur la voie de <strong>Ratisbonne</strong>, <strong>auteur de réputation mièvre et bourgeoise</strong>. </p>
<p>C’est réellement lui l’intertexte du poème qui nous occupe : Rimbaud y démarque en effet son poème intitulé <em><strong>Le Gourmand</strong></em> en le changeant en &laquo;&nbsp;goinfre&nbsp;&raquo;, et en ajoutant l’adjectif &laquo;&nbsp;jeune&nbsp;&raquo; pour renvoyer au titre de la section, <em>Comédie enfantine</em>.</p>
<p>C’est précisément là que Rimbaud trouve ce <strong>personnage appelé Paul </strong>qui : tantôt mange trop de gâteaux dans la section I du poème intitulée <em>Le Baba</em> (d’où une sévère crise de colique), tantôt, dans la section V, trop de bonbons.</p>
<p>La machine parodique opère lorsque <strong>Rimbaud pervertit la convoitise innocente </strong>du départ. Chez lui,  <strong>Paul guète l’armoire</strong>. Ce qui suggère une <strong>préférence marquée pour l’alcool </strong>par rapport aux sucreries naïves. Il n’en demeure pas moins que l’effet est le même : puisqu’il boit malencontreusement un liquide laxatif ! </p>
<p>On imagine aisément la jubilation de Rimbaud à <strong>superposer ce Paul au sien</strong>.</p>
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		<title>Je suis élu, je suis damné</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Mar 2008 13:21:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Esthétisme]]></category>
		<category><![CDATA[Génétique]]></category>
		<category><![CDATA[Rimbaud]]></category>
		<category><![CDATA[Sexualité]]></category>
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		<category><![CDATA[Album zutique]]></category>
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		<category><![CDATA[Steve Murphy]]></category>
		<category><![CDATA[Stupra]]></category>

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		<description><![CDATA[Il s’agit d’une <strong>parodie zutiste du recueil l’<em>Idole</em> d’Albert Mérat</strong>. Rimbaud et Verlaine en commettant le sonnet avaient l’ intention de <strong>se venger des allégations </strong>et commérages du poète à leur sujet.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Le Sonnet du Trou du Cul</h2>
<p>Il s’agit d’une <strong>parodie zutiste du recueil l’<em>Idole</em> d’Albert Mérat</strong>. Rimbaud et Verlaine, en commettant le sonnet, avaient l’ intention de <strong>se venger des allégations </strong>et commérages du poète à leur sujet. Les affronts allaient en effet bon train si l’on en croit les lettres inédites de <strong>Verlaine à Charles Moris</strong>, et c’est pourquoi ils décidèrent de conduire en perdition sodomite ce <strong>roi du blason féminin</strong>.</p>
<p>« Malgré l’alibi du Chanaan féminin, dit Murphy , on voit bien que <strong>la terre promise est celle des pédérastes</strong> ». Et pour cause! L’allégorie florale n’est qu’une manœuvre. L’ « <strong>œillet </strong>» est bien la désignation de <strong>l’anus chez les homosexuels </strong>(voir: Delvau, <em>Dictionnaire érotique moderne</em>). </p>
<p>Mérat quitta le cercle zutique et refusa de poser aux côtés des deux compères pour <em><strong>Le Coin de Table</strong></em> de Fantin-Latour. On lui substitua un pot de fleurs, sans doute « obscur et froncé », mais certes pas « violet ».</p>
<p>Le texte a beaucoup circulé. Et ce, dès 1877, d’après le témoignage de Maurice Rollinat : </p>
<blockquote><p>« La poésie en question est de Verlaine et Rimbaud. Je l’avais copiée un jour au café Voltaire pour montrer à Lafagette jusqu’où peut mener l’abus de l’absinthe qui a été l’inspiration de ce sonnet si odieusement pédérastique ». </p></blockquote>
<p>En 1883, Verlaine eut pour projet de constituer un triptyque, <em><strong>Les Stupra</strong></em>, avec deux autres séries de <strong>vers homosexuels de Rimbaud</strong>. Il dut malheureusement, avec l’aide de Delahaye, combler les trous de sa mémoire tant bien que mal. C’est ainsi que les versions sont démultipliées. Des <strong>variantes </strong>apparaissent dans celles envoyées à Morice et Pica, mais aussi et surtout dans la <strong>première édition de Messein</strong>.</p>
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