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	<title>MOODYGUY &#187; Métrique</title>
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	<description>Magazine de littérature, de philosophie et de sexualité dandy</description>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (9) &#8211; Rime et citation</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Nov 2008 16:42:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour Murat, toute rime est susceptible d'une lecture paradigmatique et forme ainsi un couplage qui peut être apparenté à la citation. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour Murat, toute rime est susceptible d&#8217;une <strong>lecture paradigmatique</strong>. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;elle <strong>se détache d&#8217;emblée du contexte</strong>, et forme ainsi <strong>un couplage qui peut être apparenté à la citation</strong>. </p>
<h2>1. Un exemple parmi d&#8217;autres</h2>
<p>Dans son analyse, les rimes sont donc porteuses de niveaux de codage précis. Comme par exemple le premier couplage du <em>Bateau ivre</em> : </p>
<blockquote><p>Comme je descendais des Fleuves impassibles,<br />
[...]Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,</p></blockquote>
<p>Cette première association est, en effet, porteuse du <strong>ton allégorique et polémique de tout le quatrain</strong>. « <strong>Impassible </strong>» est, en effet, un adjectif <strong>cliché du romantisme et du style parnassien</strong>. L&#8217;inclusion de « <strong>cible </strong>» renvoie, quant à elle, au texte <em>À une Madone</em> de <strong>Baudelaire</strong>, déjà reprise par <strong>Verlaine </strong>dans un de ses <em><strong>Poèmes saturniens</strong></em> : </p>
<blockquote><p>- Que nous cerne l&#8217;Oubli, noir et morne assassin,<br />
Ou que l&#8217;Envie aux traits amers nous ait pour cibles,<br />
Ainsi que çavitrî faisons-nous impassibles,<br />
Mais, comme elle, dans l&#8217;âme ayons un haut dessein.</p></blockquote>
<p>Il est <strong>fort à parier que Verlaine soit la source directe</strong>, notamment en raison de <strong>l&#8217;emploi du pluriel</strong> chez Rimbaud. Ce n&#8217;est qu&#8217;un exemple parmi tant d&#8217;autres. </p>
<h2>2. Banville ou la rime-citation</h2>
<p>Murat s&#8217;est dantage intéressé au rapport entre Rimbaud et Banville. À commencer par <strong>l&#8217;intertextualité évidente de <em>Ma Bohême</em></strong>, texte marqué comme une sorte de <strong>renouveau du romantisme de 1830</strong>. <strong>Trois rimes</strong> proviennent directement des <strong><em>Odes funambulesques</em></strong> : </p>
<blockquote><p>ourses/courses < <em>La Voyageuse</em><br />
frous-frous/trous < <em>L&#8217;Académie royale de musique</em><br />
fantastique/élastique < <em>Le Saut du tremplin</em></p></blockquote>
<p><strong>L&#8217;effet produit</strong> par cette reprise de Rimbaud va dans <strong>deux sens totalement opposés</strong> : <strong>l&#8217;hommage et le dépassement</strong>. Murat parle de « dialogue implicite » entre les deux poètes. </p>
<p>Avec <em><strong>Ce qu&#8217;on dit au poète</strong></em>, Rimbaud change d&#8217;angle d&#8217;attaque. Il s&#8217;adresse directement à son dédicataire et <strong>ne cache pas son intention parodique</strong>. À la rime, il <strong>multiplie les citations littérales</strong> pour mieux railler. </p>
<p>En réalité, il reprend à son compte <strong>les rimes virtuose du « maître »</strong>, mais les utilise <strong>à contre-emploi</strong>. Et finalement, en tire des <strong>structures irrégulières</strong>. Il dénonce, par ce biais, le <strong>non-avenir des formes vieilles</strong>. Rimbaud confie d’ailleurs, métapoétiquement, à la fin du poème : </p>
<blockquote><p>Commerçant ! colon ! médium !<br />
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,<br />
Comme un rayon de sodium,<br />
Comme un caoutchouc qui s’épanche</p></blockquote>
<p>Ce que Murat analyse comme <strong>un tournant décisif</strong> : </p>
<blockquote><p>« Pour nous, lecteurs modernes, c’est un changement d’ère : la page du Parnasse est tournée. Car la rime ainsi définie peut se passer de la rime, de même que la poésie peut se passer du vers. »</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (8) &#8211; Le débat de la rime et du vers</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Oct 2008 12:26:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour Murat, l'étude de la rime chez Rimbaud implique d'aller au-delà du point de vue ordinaire de la métrique, en associant les effets de la rime à ceux produits ou induits par le vers, voire par le poème tout entier. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour Murat, l&#8217;étude de la rime chez Rimbaud implique d&#8217;aller au-delà du point de vue ordinaire de la métrique. Il lui importe, en effet, d’<strong>associer les effets de la rime à ceux produits ou induits par le vers</strong>, voire par <strong>le poème tout entier</strong>. </p>
<p>Il décide d’étudier ces relations selon <strong>trois niveaux</strong> : </p>
<ul>
<li>niveau <strong>contextuel </strong>: organisation du texte, effet esthétique/stylistique global ;</li>
<li>niveau <strong>intra-textuel</strong> : position dans le corpus, interférences d’un poème à l’autre ;</li>
<li>niveau <strong>intertextuel </strong>: indexation d’un genre (ex: tragédie classique) ou d’une citation (ex: référence à Lamartine).</li>
</ul>
<h2>1. L’enjambement à la rime </h2>
<p>Dans la <strong>poésie classique</strong>, <strong>la rime et le vers</strong>, bien qu’ étroitement associés, ne sont <strong>pas nécessairement corrélés</strong>. Leurs options sont divergentes, surtout lorsqu’il y a déviation ou altération de l’un. </p>
<p>Dans les <strong>poèmes de 1870 et 1871</strong>, Rimbaud ne nous donne <strong>que deux exemples</strong> où la <strong>gauchissement du vers semble aller de pair avec celui de la rime</strong>: </p>
<ul>
<li>L’avant-dernière strophe du <em><strong>Bateau ivre</strong></em> (« Si je désir une eau d’Europe… »)</li>
<li>Le second sonnet des <em><strong>Stupra </strong></em>(« Nos fesses ne sont pas les leurs »)</li>
</ul>
<p>C’est trop peu pour conclure à quoi que ce soit. Par contre, la rime peut être plus sûrement affectée par son rapport avec la <strong>frontière métrique du vers</strong>: c’est le cas avec <strong>l’enjambement</strong>. </p>
<p>Dans la première strophe de <em><strong>La Maline</strong></em>, Rimbaud, en séparant le substantif « met » de son épithète « belge », met ainsi en <strong>évidence la double relation d’inclusion à la rime</strong> et homogénéise les trois vers trisyllabiques (« parfumait », « ramassait » et « m’épatais »). </p>
<blockquote><p>« Dans la salle à manger brune, que parfumait<br />
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise<br />
Je ramassais un plat de je ne sais quel met<br />
Belge, et je m&#8217;épatais dans mon immense chaise. »</p></blockquote>
<p>Dans <em><strong>Au Cabaret-Vert</strong></em>, l’enjambement crée une <strong>insistance plus nette encore sur le couplage</strong>: la rime « gousse » / « mousse » ressortent et communient avec éclat. </p>
<blockquote><p>« Du jambon rose et blanc parfumé d&#8217;une gousse<br />
D&#8217;ail, — et m&#8217;emplit la chope immense, avec sa mousse<br />
Que dorait un rayon de soleil arriéré. »</p></blockquote>
<h2>2. Le grand vers</h2>
<p>Pour Murat, l’essentiel est ailleurs: </p>
<blockquote><p>« Si les options retenues pour la rime engagent le vers, c’est qu’elles agissent sur la hiérarchie des unités qui constituent le discours poétiques. » </p></blockquote>
<p>Dans la <strong>conception classique</strong>, cette unité discursive prévaut: <strong>la forme est subordonnée à la raison</strong> du texte. La <strong>conception romantique</strong>, elle, tend à <strong>inverser le rapport</strong> et à faire passer <strong>le vers au premier plan</strong>. C’est la lettre de <strong>Baudelaire</strong>, elle-même influencée de celle de <strong>Poe</strong>. </p>
<p>Pour <strong>Hugo</strong>, le rapport est <strong>plus complexe</strong>. Il fut à la fois le poète du <strong>grand vers</strong>, et celui de la <strong>rime riche</strong>. Ce qui signifie que, chez lui, le <strong>rôle de structuration</strong> (saillance) est détenu par la rime et celui de <strong>ponctuation </strong>(scansion) par le « grand » vers. Aucune de ces deux unités ne prend véritablement le pas sur l’autre. </p>
<p>En fait, ces <strong>vers de la nouvelle école</strong>, baptisés « grands » par Sainte-Beuve, ont tous en commun une <strong>solidarité forte entre les hémistiches</strong> qui estompe l’effet de symétrie 6/6. En d’autres termes, ces vers <strong>se défont peu à peu des liens métriques</strong> pour devenir des entités autosuffisantes. </p>
<p>Ainsi, à la fin du <em>Satyre </em>:</p>
<blockquote><p>« Partout une lumière et partout un génie !<br />
Amour ! tout s&#8217;entendra, tout étant l&#8217;harmonie !<br />
L&#8217;azur du ciel sera l&#8217;apaisement des loups.<br />
Place à Tout ! Je suis Pan ; Jupiter ! à genoux. »</p></blockquote>
<p>Murat observe qu’on rencontre<strong> en fin de vers des mots forts</strong>, <strong>mais que la rime y est faible</strong> (« loups » / « genoux »). Selon lui, l’effet <strong>réduit l’impression de couplage</strong>, et fait tendre le poème vers une <strong>poétique du fragment</strong>. </p>
<p>C’est <strong>l’inverse chez Banville</strong> où le vers a plutôt tendance à perdre son autonomie. Si l<strong>a rime prévaut sur le vers</strong>, cela signifie soit qu’<strong>elle l’éclipse</strong>, soit qu’elle <strong>le met en relation avec une unité supérieure</strong> comme le distique, la strophe ou le poème lui-même. </p>
<h2>3. Les poèmes de 1870 et 1871 : incipit et clausules</h2>
<p>Les textes que Rimbaud écrit à cette époque-là sont très clairement marqués par une <strong>prépondérance de la rime sur le discours</strong>. C’est elle qui <strong>détermine l’invention et l’inventivité</strong>. Donc, en l’occurrence, <strong>la caricature</strong>: le plus bel exemple nous est donné dans <em><strong>Ce qu’on dit au poète</strong></em>. </p>
<p>Mais, c’est aussi le temps des <strong>exercices virtuoses de l’<em>Album zutique</em></strong>: <strong>Rimbaud tend à confondre le vers avec la rime</strong> dans <em><strong>Jeune goinfre</strong></em> (vers de deux syllabes) et <em><strong>Cocher ivre</strong></em> (vers d’une seule syllabes). De même, dans <em><strong>Paris</strong></em>, où les hexasyllabes sont entièrement composés de noms propres. </p>
<p>Dans la <strong>partie romantique de ce corpus</strong>, Rimbaud se caractérise par une <strong>convergence de la rime forte</strong> (complétée d’assonances internes) <strong>et du débordement du vers</strong>. Cela se remarque <strong>surtout aux positions décisives</strong>: le début et la fin des poèmes. </p>
<p>Rimbaud <strong>ne collectionne pas les ouvertures parodiques</strong>, comme pouvait le faire Baudelaire. Les <strong>seuls exemples</strong> sont circonscrits à <em><strong>Chant de guerre parisien</strong></em> et <em><strong>Ce qu’on dit au poète</strong></em> (« Ainsi, toujours&#8230; », copié du <em>Lac </em>de Lamartine). Éventuellement à <em><strong>Roman</strong></em>, si l’on décèle la pointe d’ironie contenue dans la vertu gnomique de « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». </p>
<p>En réalité, plutôt que d’isoler le premier vers en incipit, Rimbaud préfère <strong>faire dévaler sa phrase sur plusieurs lignes</strong> grâce à une <strong>suite d’enjambements</strong>. L’exemple le plus connu de cette façon de faire est, bien entendu, la première strophe du <strong>Dormeur du Val</strong> qui mimétise d’ailleurs la cascade: </p>
<blockquote><p>« C&#8217;est un trou de verdure où chante une rivière<br />
Accrochant follement aux herbes des haillons<br />
D&#8217;argent ; où le soleil, de la montagne fière,<br />
Luit : c&#8217;est un petit val qui mousse de rayons. »</p></blockquote>
<p>On constate une <strong>solidarité forte entre les différents composants</strong>, effet qui est confirmé par l’<strong>anaphore de « c’est »</strong> et le <strong>couplage original de « haillons » et « rayons »</strong>. Le <strong>premier vers se détache</strong> car il est associé à une rime faible, <strong>mais ricoche néanmoins et est attaché au contexte</strong> par les enjambements. </p>
<p>Ce n’est <strong>pas le cas pour les <em>Sœurs de Charité</em></strong> où Rimbaud détache réellement les deux premiers vers, conformément à la <strong>tradition romantique d’un Hugo</strong>. </p>
<blockquote><p>« Le jeune homme dont l&#8217;œil est brillant, la peau brune,<br />
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu »</p></blockquote>
<p>Ces <strong>deux vers sont très soudés</strong>, et aidés en cela par les <strong>assonances internes</strong> ( « peau » / « beau » et « brillant » / « vingt ans » ). La <strong>suite du poème </strong>confirme ce détachement, pour Murat : </p>
<blockquote><p>« Laissant côte à côte le jeune homme et l’image également romantique de la Femme […], le texte échoue à les rejoindre et, s’achevant à grands effets de manche (noire alchimie, saintes études, vastes fins), manque symptomatiquement son sujet. »</p></blockquote>
<p>Murat décèle, en cela,<strong> plus de réalisme dans les <em>Poètes de sept ans</em></strong> où le pathos est imprégné de <strong>conscience critique</strong>. En fait, le poème contient <strong>deux incipits</strong> dont le premier est une forme de conclusion antéposée: </p>
<blockquote><p>« Et la Mère, fermant le livre du devoir,<br />
S&#8217;en allait satisfaite et très fière, sans voir,<br />
Dans les yeux bleus et sous le front plein d&#8217;éminences,<br />
L&#8217;âme de son enfant livrée aux répugnances. »</p></blockquote>
<p>En suivant l’analyse de Murat, c’est le <strong>deuxième paragraphe</strong> qui fait office de pendant avec les <em>Sœurs de charité</em>: </p>
<blockquote><p>« Tout le jour il suait d&#8217;obéissance ; très<br />
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits<br />
Semblaient prouver en lui d&#8217;âcres hypocrisies. »</p></blockquote>
<p>On décèle une <strong>nette tension</strong> entre, d&#8217;une part, <strong>la norme </strong>(la liaison « très-zintelligent ») et, d&#8217;autre part, et ce que Murat appelle des « <strong>variantes sarcastiques</strong>, hypocrites ou dévergondées ».</p>
<p>En clausule, <strong>Rimbaud </strong>n’hésite pas, selon l’<strong>approche caractéristique du sonnet</strong>, à placer une <strong>pointe</strong>, tandis qu’ Hugo opte presque toujours pour le sublime. Dans les fait, il n’utilise le <strong>procédé d’ Hugo</strong> que dans ses <strong>textes imitatifs</strong>, comme <em>Le Forgeron</em>, <em>L’ Orgie parisienne</em> ou encore <em>Accroupissements</em>. Il aime les <strong>clausules flottantes, rentrantes ou dépressives</strong>. Il aime l’inachèvement et la terminaison de biais. </p>
<p>Si l’on compare le début des<em> <strong>Premières Communions</strong></em> et la première strophe d’<em><strong>Accroupissements</strong></em>, on assiste à l’utilisation des <strong>deux tendances</strong>.</p>
<p>Dans <em><strong>Premières Communions</strong></em>, en effet, le <strong>discours poétique</strong> est la caricature anticléricale. C’est lui qui <strong>détermine la construction des vers</strong>: la rime est imbriquée dans le réseau des équivalences. </p>
<blockquote><p>« Mais le soleil éveille, à travers des feuillages,<br />
Les vieilles couleurs des vitraux irréguliers.</p>
<p>La pierre sent toujours la terre maternelle.<br />
Vous verrez des monceaux de ces cailloux terreux<br />
Dans la campagne en rut qui frémit solennelle<br />
Portant près des blés lourds, dans les sentiers ocreux,<br />
Ces arbrisseaux brûlés où bleuit la prunelle,<br />
Des nœuds de mûriers noirs et de rosiers fuireux. »</p></blockquote>
<p>Dans <em><strong>Accroupissements</strong></em>, par contre, la strophe entière est <strong>bâtie à partir des rimes de « curé </strong>». C’est ainsi qu’est produite l’<strong>image incongrue du troisième vers</strong>:</p>
<blockquote><p>« Bien tard, quand il se sent l&#8217;estomac écœuré,<br />
Le frère Milotus, un œil à la lucarne<br />
D&#8217;où le soleil clair comme un chaudron récuré,<br />
Lui darde une migraine et fait son regard darne,<br />
Déplace dans les draps son ventre de curé. »</p></blockquote>
<p>La <strong>conclusion de Murat</strong> va dans le <strong>sens du compromis</strong>. Pour lui, <strong>Rimbaud ne tranche pas vraiment</strong>, ne choisit pas entre le vers et la rime :</p>
<blockquote><p>« Il ne laisse s’autonomiser ni l’un ni l’autre, mais soumet ces deux instances à une troisième, qui est le rythme d’ensemble du poème, porteur à la fois du sens et de l’investissement subjectif. »</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (7) &#8211; La rime ludique</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Aug 2008 09:07:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chez le Rimbaud de 1871, la proportion de rimes ludiques est relativement élevée. Une fréquence constante sur les deux premières années de son écriture. Même si beaucoup sont peu voyantes. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>1. La rime ludique romantique</h2>
<p>On peut observer <strong>chez les Romantiques</strong> un phénomène de resserrement par rapport à la tradition classique (genres satirique et burlesque) : les <strong>purs jeux formels</strong> n’existent pas ou plus. Ils sont tout simplement <strong>rentrés dans la normalité</strong>, et passent souvent inaperçus. </p>
<p>Pour Murat, les Romantiques après Hugo <strong>utilisent l’invention à la rime, mais en « sous-main »</strong>, en n’assumant ni théorie poétique spécifique, ni vœux esthétique et/ou idéologique. Tout se passe comme si le cadre versifié de la rime restait toujours intact. </p>
<p>Ainsi, <strong>l’homonymie est limitée aux monosyllabes</strong> (pas/pas) et, les <strong>procédés paronymiques et sur inclusion, passent pour être naturels</strong>, non forcés. Ils sont donnés par la langue, en quelque sorte. Et ne constituent <strong>pas d’entorse technique</strong> par rapport à la norme. </p>
<p>Dans le <strong>premier Romantisme</strong>, on rime comme Voltaire ou Delille. Musset ou Lamartine font, en effet, <strong>peu usage des rimes sur paronymie ou inclusion</strong>. Et les rares cas constatés sont loin d’être ludiques : <strong>rimes banales et stéréotypées</strong>. </p>
<blockquote><p>nombre/ombre, noir/soir</p></blockquote>
<p>Dans la <strong>poésie d’Hugo</strong>, par contre, la dérivation que Murat qualifie d’automatique crée, sinon la tension, du moins la <strong>machine poétique</strong>. Le ressort du vers hugolien, tel qu’on le connaît. Cet <strong>espace de liberté relative</strong> permet ainsi, de temps à autre, <strong>l’éclosion d’une rime dite voyante</strong>, c’est-à-dire relevant vraiment de la trouvaille. </p>
<blockquote><p>Thesalienne/hyène</p></blockquote>
<p>À sa suite, <strong>Banville</strong>. Il écrit assez bien de <strong>rimes homonymiques</strong>, et quelques <strong>rimes équivoquées</strong> : dans <em>Évohé</em>, par exemple, <strong>une rime sur deux est ludique</strong>. Si bien que Murat en conclut à une <strong>lecture pénible</strong>. La construction des jeux finit, chez lui, par <strong>tuer la poésie</strong>. </p>
<p>Ce ne sera <strong>pas le cas de Gauthier</strong>. Lui, ne force pas tant son talent. Sa plume est facile. On se rapproche déjà un peu plus de Rimbaud. </p>
<p>Mais c’est sans doute <strong>Baudelaire </strong>qui peut être véritablement <strong>pris pour maître</strong> dans son cas : il réussit mieux qu’aucun autre l<strong>e compromis entre l’invention ludique de la rime et la réussite du texte</strong>. C’est le cas de son fameux <em>Spleen </em>: la répétitivité des composants à la rime matérialisent à la perfection l’idée de l’enfermement et de l’épuisement vital. C’est du moins la conclusion de Murat. </p>
<h2>2. La rime ludique rimbaldienne</h2>
<p>Chez <strong>le Rimbaud de 1871</strong>, la proportion de rimes ludiques est comparable, quoiqu’un peu plus élevée. <strong>Une rime sur trois relève de ce genre d’invention équilibrée</strong>. Une <strong>fréquence constante</strong> sur les deux premières années de son écriture. Dans les poèmes zutiques, on peut par contre divisé les résultats par deux. </p>
<p><strong>Comme chez Baudelaire</strong>, beaucoup de <strong>ces rimes sont peu voyantes</strong> ; parfois données par <strong>la langue ou la tradition</strong>. Pourtant, même quand les rimes prises une à une ne retiennent pas l’attention, Murat n’en décèle <strong>pas moins un effet global</strong>. </p>
<p>Il tire <strong>deux grandes conclusions</strong> de son examen du corpus : </p>
<ul>
<li>1. une proportion importante des <strong>paronymes monosyllabiques en 1870</strong> : ainsi que beaucoup d’inclusions monosyllabiques, surtout dans les poèmes courts.</li>
<li>2. un fort taux de <strong>rimes sur inclusion a priori originales ou ludiques en 1871</strong> : beaucoup des monosyllabes ou rimes banales que l’on pouvait trouver en abondance dans les premiers grands poèmes de 1870 ont presque disparu. </li>
</ul>
<h2>3. La rime ludique chez le Rimbaud de 1870</h2>
<p>Le <strong>jeu à la rime le plus caractéristique </strong>dans les premiers poèmes de Rimbaud, c’est sans conteste : les <strong>paronymes monosyllabiques féminins</strong> qui associent des <strong>termes concerts faisant image</strong>, souvent rapprochés par un lien de contiguïté métonymique. </p>
<blockquote><p>gousse/mousse, moue/joue, routes/gouttes</p></blockquote>
<p>Pour Murat, il s’agit alors d’une réponse aux circonstances : le besoin d’aimer et d’être aimé. Les <strong>rimes sur inclusion</strong> de la même époque sont elles, <strong>totalement comiques</strong>. </p>
<blockquote><p>traités/retraités, bonnes/trombonnes (<em>À la Musique</em>)</p></blockquote>
<h2>4. La rime ludique chez le Rimbaud de 1871</h2>
<p>Murat retient la <strong>rime sur inclusion</strong> comme caractéristique de cette année. De <strong>la satire</strong>, en passant par <strong>l’hyperbole</strong>, Rimbaud aboutit  finalement à un certain <strong>dépassement de la forme</strong>.</p>
<p>On commence par <strong>la droite ligne d’<em>À la Musique</em></strong>. Rimbaud reprend d’ailleurs, dans <em><strong>Les Douaniers</strong></em>, <strong>la rime « traités/retraités »</strong>. <strong>La thématique est la même, en plus agressive</strong> : </p>
<blockquote><p>
fémurs/murs (<em>Les Assis</em>), récuré/curé (<em>Accroupissements</em>)</p></blockquote>
<p>Ensuite, on touche au <strong>paroxysme hyperbolique</strong> :</p>
<blockquote><p>
éclanches/hanches (<em>Mes Petites Amoureuses</em>)<br />
car/Picard, Asnières/printanières, héliotropes/trops (<em>Chant de guerre parisien</em>)</p></blockquote>
<p>Rimbaud marche, en cela, sur les <strong>traces de Banville</strong>, qui faisait des rimes similaires</p>
<blockquote><p>qui/Sakosi</p></blockquote>
<p>La <strong>parodie rimbaldienne</strong> entame sa <strong>phase virtuose</strong>. Rimbaud fait cohabiter la <strong>pure fantaisie</strong> et le <strong>prosaïsme le plus pur</strong>, comme dans <em><strong>Les Poètes de sept ans</strong></em>.</p>
<blockquote><p>
tresses/fesses, pantalons/talons</p></blockquote>
<p>On est <strong>à la limité de la rime équivoquée</strong>. Dans <em><strong>L’Homme juste</strong></em>, par exemple, une rime comme « <strong>assez/cétacés</strong> » est remarquables à ce titre. C’est la pleine incongruité. </p>
<p>Enfin, avec des textes comme<em> <strong>Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs</strong> </em>et <em><strong>Le Bateau ivre</strong></em>, Murat note <strong>un débordement</strong> : l’intention parodique et supplantée, transcendée par l’invention. La rime sur inclusion est alors davantage un <strong>ingrédient du génie</strong> qu’une fin en soi. </p>
<blockquote><p>
floraisons/raisons, pubescences/essences, peux/sirupeux (<em>Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs</em>)<br />
Marées/démarées, pommes sures/vomissures, nasses/bonaces, électriques/triques (<em>Le Bateau ivre</em>)
</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (6) &#8211; Usage de la rime faible</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Jul 2008 10:25:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Murat reconnaît à Rimbaud une bonne part d’inventivité à la rime, résidant dans sa manière de composer avec les points faibles: rimes stéréotypées, sourdes en <em>–té </em>ou en <em>–ment </em>et rimes grammaticales. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Murat reconnaît à Rimbaud une bonne <strong>part d’inventivité et de renouvellement à la rime</strong>. Selon lui, cette impression tient d’abord à sa manière de composer <strong>avec les points faibles</strong>: rimes stéréotypées, sourdes en <em>–té </em>ou en <em>–ment </em>et rimes grammaticales. </p>
<h2>1. Rimes stéréotypées</h2>
<p>Pour Murat, l’attitude de Rimbaud envers les rimes stéréotypées et ambivalente. Tantôt, il verserait bêtement dans le <strong>lieu commun</strong>, tantôt, au contraire, il s’en servirait pour produire des <strong>citations ironiques</strong>. </p>
<p>Ainsi, dans les <strong>longs poèmes de 1870</strong>, elles semblent dénoter d’un <strong>certain sérieux</strong>:</p>
<blockquote><p>âme/femme, infâme/femme, mère/amère</p></blockquote>
<p>Par contre, <strong>ailleurs, elles sont plutôt rares</strong>. Elles <strong>disparaissent pratiquement </strong>dans le <em>Recueil de Douai</em>. </p>
<p>C’est <strong>en 1871</strong>, que les rimes stéréotypies <strong>refont surface </strong>chez Rimbaud. Mais, à présent, dans un <strong>but de parodie</strong>. Elles sont maîtrisées. </p>
<p>Ainsi, dans <em><strong>Soleil et Chair</strong></em>, pour se moquer d’une <strong>sentimentalité exacerbée </strong>(que Murat compare à celle de M.Léonard d’<em>Un cœur sous une soutane</em>) : </p>
<blockquote><p>Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure<br />
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !&#8230;<br />
C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !&#8230; </p></blockquote>
<h2>2. Rimes sourdes en –té et en –ment</h2>
<p>C’est le <strong>symbole de l’essoufflement néo-classique</strong>. C’était le véritable chiendent, pris pour cible, évidemment, par l’école romantique et ses poéticiens, comme Ténint. </p>
<p>On les trouve dans <em>Morts de Quatre-vingt-douze </em>(liberté/humanité) ou dans <em>Rages de César </em>(liberté/éreinté). Dans <em>Les Douaniers</em>, Rimbaud semble prendre un <strong>malin plaisir à les enrichir </strong>: </p>
<blockquote><p>retraités/Traités, embêtés/gaîtés</p></blockquote>
<p>D’autres exemples sont encore plus remarquables : </p>
<blockquote><p> à côté/sauté (écart grammatical), humidité/médité, culottée/emmaillotée</p></blockquote>
<p>En <strong>1871</strong>, il flirte avec la <strong>paronymie</strong>:</p>
<blockquote><p>ratées/bâtées</p></blockquote>
<p>Ou avec le <strong>jeu de mots</strong>, dans <em>L’Homme juste</em>:</p>
<blockquote><p>cité/cécité, c’est assez/cétacé</p></blockquote>
<h2>3. Rimes grammaticales</h2>
<p>Pour rappel, les rimes grammaticales sont des rimes <strong>construites sur des suffixes ou des désinences verbales</strong>. </p>
<p>Tout comme les rimes sourdes en <em>–té </em>et en <em>–ment</em>, elles <strong>abondent chez les néo-classiques</strong>, et sont donc <strong>boudées des romantiques et des Parnassiens</strong>, comme <strong>Banville </strong>qui est le plus strict sur ce point. </p>
<p>Rimbaud s’inscrit <strong>dans ce sillage</strong>. Le <strong>corpus de 1870 </strong>ne contient qu’une proportion de 5,7%. C’est un peu plus que dans les <em>Odes funambulesques</em>, mais moins que chez Hugo ou Gauthier. </p>
<p>En <strong>1871</strong>, par contre, il change de bord. Il <strong>double le chiffre</strong>, et rejoint Baudelaire, avec une proportion de 12,5%. En tout, ce sont 20 occurrences. Murat nous explique très bien ce phénomène : </p>
<blockquote><p>« Le facteur déterminant est que c’est pour Rimbaud <strong>l’année des dictionnaires </strong>; en proie à une sorte de prurit lexical, il multiplie les <strong>termes techniques</strong>, les <strong>régionalismes</strong>, les <strong>pseudo-archaïsmes </strong>et les dérivations <strong>néologiques</strong>. C’est l’année des <em>diptères</em>, des <em>céphalalgies</em>, des <em>rosiers fuireux</em>, des <em>flots abracadabrantesques</em>, des <em>bleuités </em>et <em>bleuisons</em>, des <em>éclanches </em>et des <em>pialats </em>(sur lesquels on s’interroge encore). Beaucoup de ces mots sont mis en vedette à la rime. » </p></blockquote>
<p>Rimbaud a alors dans <strong>l’intention d’être transgressif</strong>. Il installe en première instance des <strong>éléments propres à la prose </strong>: </p>
<blockquote><p>épileptiques/rachitiques, éminences/répugnances</p></blockquote>
<p>Ces rimes qui <strong>proviennent de la </strong><strong>satire </strong>sont assez fréquents dans <em>Les Sœurs de charité </em>(7), <em>Ce qu’on dit au poète </em>(12), <em>Les Premières Communions </em>(14). Dans <em><strong>Le Cœur volé </strong></em>aussi, où il crée des <strong>tensions entre les registres</strong> linguistiques et lexicaux. </p>
<p>Il faudra attendre le <em><strong>Bateau ivre </strong></em>pour voir réapparaître <strong>ce genre de rime, sans cette connotation scientiste</strong>.</p>
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		<item>
		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (5) &#8211; Quelques incorrections</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jul 2008 13:42:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Quicherat]]></category>
		<category><![CDATA[rime ardennaise]]></category>
		<category><![CDATA[rimes pauvres]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans sa synthèse sur la rime rimbaldienne, Murat pointe des incorrections d'usage: variation du timbre vocalique, consonnes flottantes et rimes pauvres.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans sa brillante synthèse sur la rime rimbaldienne, Murat pointe ce qu’il appelle lui-même des <strong>incorrections</strong>. Elles concernent <strong>trois types d’usages à la rime</strong>, à découvrir ci-dessous.  </p>
<h2>1. Variation du timbre vocalique (rime ardennaise)</h2>
<p>Les rimes qui présentent une <strong>variation du timbre vocalique </strong>sont assez <strong>fréquentes chez Rimbaud</strong>. Ce qui signifie que, <strong>phonétiquement, leur identité n’est pas exacte</strong> dans bon nombre d’occurrences. Dans le corpus envisagé, <strong>12 exemples de ce type </strong>peuvent être relevés. Voir la liste exhaustive ci-dessous. </p>
<blockquote><p>
rôles/idoles		(<em>Soleil et chair</em>)<br />
épaule/corolle		(<em>Ophélie</em>)<br />
sonne/jaune		(<em>Les Effarés</em>)<br />
folles/épaules		(<em>Les Réparties de Nina</em>)<br />
rosés/tu sais		(<em>Les Réparties de Nina</em>)<br />
prés/près		             (<em>Les Réparties de Nina</em>)<br />
rôle/pétrole		(<em>Chant de guerre parisien</em>)<br />
jamais/déformés	             (<em>Les Pauvres à l’église</em>)<br />
progrès/degrés	             (<em>L’Orgie parisienne</em>)<br />
prés/près 		(<em>Ce qu’on dit au poète</em>)<br />
embaumé/mai		(<em>Le Bateau ivre</em>)<br />
gauche/sacoche	             (<em>État de siège ? </em>)
</p></blockquote>
<p><strong>Les traités de poétique condamnent </strong>ce genre de rimes à l’unanimité. C’est le cas de <strong>Quicherat</strong>, notamment  : </p>
<blockquote><p>« Deux syllabes, dont l’une est longue et l’autre brève, forment une rime qui offesnse désagréablement l’oreille.»</p></blockquote>
<p>Chez Rimbaud, elles sont fréquemment <strong>corroborées par une distinction graphique</strong>. Ce qui les rend <strong>plus acceptables, du moins à l’œil</strong>. </p>
<blockquote><p>é/è versus é/ai</p></blockquote>
<p>Il compense également cet écart par le <strong>maintien d’une consonne en position d’appui</strong>, ou au moins <strong>en coda</strong>.  </p>
<p>Pour Murat, le phénomène ne s’explique <strong>pas par la seule perception ardennaise</strong>. On ne peut, en effet, prétendre que seul l’accent régional est responsable d’une telle déviance chez Rimbaud. Comment expliquer sinon que <strong>des pratiques similaires existent </strong>– même si c’est de manière beaucoup plus rare &#8212; <strong>chez ses contemporains</strong>: Baudelaire, Banville et même Hugo. </p>
<p><strong>En 1871, il régularise un peu la tendance</strong>. Globalement, il se limite à l’usage de la rime <em>é/ai</em>. Seuls <em>Chant de guerre parisien </em>et un des Coppée de l’<em>Album zutique</em> restent fort marqués par ces dissonances. </p>
<h2>2. Les consonnes flottantes</h2>
<p>Concernant les <strong>consonnes flottantes</strong>, Murat distingue <strong>trois degrés d’incorrections</strong>: allant <strong>du plus acceptable au plus prohibé</strong>. </p>
<p>Le <strong>premier degré </strong>concerne des rimes associant des consonnes différentes, certes, mais <strong>dont l’une est particulièrement rare </strong>en fin de mot. </p>
<blockquote><p>banc, sang, loup</p></blockquote>
<p>Dans cette série, on retrouve la très <strong>romantique <em>d’or/dort</em></strong>. Rimbaud l’affectionne tout particulièrement. On note sa <strong>présence dans 4 de ses textes </strong>: <em>Le Mal</em>, <em>Tête de faune</em>, <em>Les Mains de Jeanne-Marie </em>et <em>Ce qu’on dit au poète</em>. </p>
<p>De même, les rimes impliquant des <strong>noms propres</strong>:</p>
<blockquote><p>Weber/vert (<em>Les Phares</em>)</p></blockquote>
<p>Le <strong>second degré </strong>concerne des rimes où <strong>un seul des mots présente une consonne d’appui</strong>. C’est déjà moins acceptable au regard de la norme. </p>
<blockquote><p>rond/goudron</p></blockquote>
<p>Le <strong>troisième degré </strong>est qualifié de <strong>vicieux</strong> par le traité de Quicherat. Il concerne <strong>les rimes du singulier avec le pluriel</strong>. Ces rimes sont <strong>inexistantes chez les Parnassiens</strong>, de même chez Baudelaire. On en trouve <strong>une seule dans les <em>Poèmes saturniens</em></strong>. </p>
<p>Chez Rimbaud, on en rencontre <strong>trois dans le seul </strong><em><strong>Ce qu’on dit au poète</strong></em>. La tension est à son comble dans ce texte : </p>
<blockquote><p>aux crépuscules, bouchons de carafes, yeux de braises</p></blockquote>
<p>Aussi, une <strong>rime singulier-pluriel</strong>:</p>
<blockquote><p>jongleur/fleurs</p></blockquote>
<p>Ou, dans <em>Les Chercheuses de poux</em>:</p>
<blockquote><p>le vin de Paresse/la lenteur des caresses</p></blockquote>
<p>Dans ses <em>Poètes Maudits</em>, Verlaine parle d’une « légèreté d’esquisse, en tremblée de facture au charme frêle du morceau ».</p>
<p>En réalité, la rime singulier-pluriel est <strong>un des points les plus subversifs </strong>du travail de la rime chez Rimbaud. </p>
<h2>Premières conclusions</h2>
<p>Sur les <strong>24 rimes déviantes de 1871</strong>, il est difficile de faire le part des choses. Tantôt, Murat est enclin à parler des « <strong>défauts de jeunesse </strong>», tantôt de «  <strong>facture (délibérément ?) relâchée </strong>». Le moins que l’on puisse dire est qu’il reste timide sur la question de l’interprétation. </p>
<p><strong>Pour le corpus de 1871</strong>, il remarque par contre un <strong>net changement</strong>. Cette fois, Murat parle bien d’une <strong>attitude ambivalente envers la règle </strong>: </p>
<blockquote><p>« qui est tantôt ouvertement bafouée, tantôt outrageusement respectée au détriment de la syntaxe. »</p></blockquote>
<p>Le <strong>premier de ces deux pôles</strong> est représenté par des textes comme : <em>Les Poètes de septs ans</em>, <em>Les Sœurs de charité </em>et <em><strong>Le Bateau ivre</strong></em>. On est dans l’<strong>ironie pré-symboliste</strong>. C’est assez clair. </p>
<blockquote><p>cieux de braise, lits de diamants, poteaux de couleur.</p></blockquote>
<p><strong>L’autre pôle</strong>, lui, est représenté par des textes comme : <em>Les Assis</em>, <em>Mes Petites amoureuses</em>, ou <em>L’Orgie parisienne</em>. C’est <strong>l’influence satirique</strong>. On retrouve des rimes du singulier avec le pluriel:</p>
<blockquote><p>visières/lisière</p></blockquote>
<p>Murat rapproche cette tension de celle que l’on peut sentir <strong>au niveau du lexique</strong>, de la <strong>structure du vers</strong>, et même de la <strong>pratique du sonnet</strong>. Ce qui lui fait dire : </p>
<blockquote><p>« Chez Rimbaud, il s’agit sans aucun doute d’une <strong>infraction délibérée</strong>. »</p></blockquote>
<h2>3. Les rimes pauvres</h2>
<p>On parle de rimes pauvres pour les rimes présentant <strong>un seul phonème en commun</strong>. La <strong>proportion est très élevée dans les poèmes de 1870</strong>, beaucoup <strong>moins en 1871 </strong>où Rimbaud se rapproche des usages de son temps. </p>
<p>Là où l’analyse est intéressante, c’est surtout sur le <strong>plan qualitatif</strong>. Ces rimes pauvres sont souvent « honorables », pour reprendre le mot de Verlaine. Voire même, à la hauteur de <strong>ses aînés </strong>les plus exigeants. </p>
<p>Elles comportent au moins une <strong>consonne flottante</strong>, et s’appuient sur des consonnes apparentées. </p>
<blockquote><p>bas/pas, lilas/là-bas, dada/papa, colorié/arriéré, frileux/cieux</p></blockquote>
<p>D’autres compensent par une <strong>voyelle digraphe</strong>: </p>
<blockquote><p>fou/cou</p></blockquote>
<p>Plus rarement, on trouve un <strong>chva féminin</strong>:</p>
<blockquote><p>moue/joue</p></blockquote>
<p>Une chose amusante à observer est la <strong>récurrence de la rime « feu/bleu » chez Rimbaud</strong>. Présente <strong>7 fois entre 1870 et 1871</strong>. Elle réapparaît encore <strong>en 1872</strong>, dans <em>Est-elle almée ?</em>. </p>
<p>Concernant la loi de <strong>la consonne d’appui</strong>, Rimbaud semble y être insensible. <strong>Il ne s’en préoccupe pas</strong>: 25 % de ces rimes sont seulement suffisantes à cet égard. Pour Murat, une telle proportion n’autorise pas de les considérer comme un simple écart, ou comme une simple… mais bien, comme une <strong>intention esthétique</strong>. </p>
<blockquote><p>« Rimbaud arrive <strong>après la querelle de la rime riche </strong>; il va être aux prises avec des <strong>enjeux plus complexes</strong>. »</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (4) &#8211; Les poèmes zutiques</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Jul 2008 14:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Insensiblement, la rime semble tourner à l’assonance : on s’approche des vers de 1872. »]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La <strong>richesse de la rime est globalement en retrait </strong>par rapport aux vers de 1871. Encore qu’il faille distinguer pour les <strong>huits dizains à la Coppée </strong>: deux pôles, ou plutôt <strong>deux sous-corpus</strong>. </p>
<p><strong>1. Les poèmes burlesques</strong> : <strong>rimes pauvres </strong>et négligeables (consonnes flottantes éloignées, rimes grammaticales). </p>
<p><strong>2. Les deux poèmes sur le Prince impérial</strong> : <strong>rimes riches </strong>voire remarquables. </p>
<blockquote><p>Pubère/Père, Crèches/brèches, solitude/Habitude (<em>L’enfant qui ramassa les balles…</em>)</p></blockquote>
<p>Rimbaud ne s’inspire donc qu’à moitié de la <strong>rime très parnassienne de Coppée</strong>, régulière, riche et avec consonne d’appui. </p>
<p>Dans sa parodie, pourtant, <strong>il reprend la rime voyante </strong>: guiguette/baguette</p>
<blockquote><p>Je préfère sans doute au printemps la guinguette<br />
Où des marronniers noirs bourgeonne la baguette</p></blockquote>
<p>Dans ce cas précis, il crée la <strong>tension satirique</strong>. Ce qu’on ne retrouve pas chez Coppée. Pour Murat, c’est « <strong>un vers de Rimbaud et une rime de Coppée </strong>». Cela veut tout dire ! </p>
<p>En réalité, <strong>Rimbaud pastiche en affaiblissant</strong>. Parfois, de façon très incisive ! Coppée n’aurait jamais osé faire rimer « rive gauche » avec « sacoche » ! </p>
<p>Signalons aussi l’effet produit par la <strong>lecture en diérèse </strong>(deux voyelles) pour « ouate » :</p>
<blockquote><p>L’honnête intérieur regarde au ciel profond<br />
La lune se bercer parmi la verte ouate,<br />
Malgré l’édit et l’heure encore délicate…</p></blockquote>
<p>De son côté, <strong><em>Les Remembrances du vieillard idiot </em></strong>se rapproche, par sa densité (2,30), des <strong>épopées intimes </strong>telles que <em>Les Poètes de sept ans</em>. </p>
<p>Enfin, les <strong><em>Stupra</em></strong> ont quelque chose d’Heredia pour Murat. Sans être particulièrement riche, la rime n&#8217;est en pas moins <strong>très régulière et très homogène</strong>. On trouve des <strong>variations en « –ment » sur plusieurs classes grammaticales</strong>. Ainsi que des <strong>paronymies franches </strong>:</p>
<blockquote><p>course/bourse/pource </p></blockquote>
<p>Pour ce qui concerne <em><strong>Nos fesses ne sont pas les leurs</strong></em> : tout se joue sur un <strong>seuil minimal</strong>, un seul phonéme. </p>
<blockquote><p>vu/cul/pourvu/touffu, tableaux/repos/sanglots </p></blockquote>
<p>Pour Murat : </p>
<blockquote><p>« Insensiblement, <strong>la rime semble tourner à l’assonance </strong>: on s’approche des vers de 1872. »</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (3) &#8211; Les poèmes de 1871</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Jul 2008 14:34:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour les poèmes de 1871, Rimbaud revient très largement au travail de la rime. Il se rapproche de plus en plus de l’art pratiqué par Banville. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour les <strong>poèmes de 1871</strong>, Rimbaud revient très largement au <strong>travail de la rime</strong>. En termes de richesse, il atteint des sommets. La pondération moyenne est de 2,57. C’est <strong>nettement supérieur </strong>au corpus que l’on peut étudier chez <strong>Baudelaire ou Hugo</strong>. Rimbaud se rapproche de plus en plus de <strong>l’art pratiqué par Banville</strong>. </p>
<p>En soi, ce n’est ni un progrès, ni une régression. Cela correspond en fait à deux choses. D’une part, à l’ <strong>accentuation de son inspiration satirique</strong>, comme dans <em>Chant de guerre parisien </em>par exemple. D’autre part, à <strong>l’essor, chez lui, de la parodie</strong>, comme dans <strong>Ce qu’on dit au poète</strong>. </p>
<p>C’est aussi <strong>le moment au Rimbaud s’annonce</strong>. Dans différentes <strong>textes-manifestes </strong>: <em>Voyelles </em>ou le <em>Bateau ivre</em>. Il prend des postures de <strong>liquidateur du Parnasse</strong>, nous rappelle Murat. Il commence à fréquenter les <strong>cercles de Paris et Verlaine</strong>. Il <strong>brouille les règles </strong>de l’alexandrin et du sonnet. Dans une partie des textes de 1871 : les <strong>préoccupations méta-poétiqes </strong>deviennent dominantes.</p>
<p>D’autres textes de cette époque, par contre, conservent une densité phonique proche de celle des poèmes de 1870. Il s’agit d’une <strong>production qui reste largement ardennaise</strong>. : <em>Les Sœurs de charité</em>, <em>Les Chercheuses de poux</em>, <em>Les Premières Communions</em>, <em>Les Poètes de sept ans</em>. Ou, à mi-chemin : <em>Les Assis</em>, <em>Accroupissements</em>. </p>
<p>Globalement, <strong>phonie et graphie </strong>cohabitent pour le meilleur. Surtout dans <em><strong>Voyelles </strong></em>: toutes les rimes sont au pluriel, et sont dites « luxueuses ». Pour Murat, c’est le « <strong>vrai manifeste rimbaldien de la rime riche </strong>». </p>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (2) &#8211; Les poèmes de 1870</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jun 2008 14:01:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le corpus rimbaldien de 1870, selon la pondération de Murat, a une valeur moyenne de 2,24. C’est entre la rime classique (2) et la rime romantique (2,4).]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le corpus rimbaldien de 1870, selon la pondération de Murat, a une <strong>valeur moyenne de 2,24</strong>. Ce nombre concerne les phonèmes identiques par rime. <strong>C’est entre la rime classique (2) et la rime romantique (2,4)</strong>. </p>
<p>Évidemment, ce corpus de 1870 est disparate. Les <strong>quatre poèmes longs </strong>représentent à eux-seuls 60%. Et force est de constater que la rime y est moins riche que dans les poèmes courts. Ils tirent donc un peu la <strong>pondération vers le bas</strong>. Il s’agit respectivement de : <em>Les Étrennes des orphelins </em>(140 vers), <em>Soleil et chair </em>(164 vers), <em>Le Forgeron </em>(180 vers) et <em>Les Réparties de Nina </em>(166 vers).  </p>
<p>Toutefois, c’est encore <strong>très en deçà de l’exemple de Banville</strong>. Trop de <strong>rimes pauvres </strong>et de <strong>négligences</strong>. </p>
<h2>1. Les Étrennes des orphelins</h2>
<p>Du point de vue de la rime, <em>Les Étrennes des orphelins </em>est le poème le plus faible de Rimbaud. On y rencontre beaucoup de : </p>
<ul>
<li><strong>rimes grammaticales</strong></li>
<div class="dixit">brumeuse/neigeuse,  matinale/hivernale, pénible/sensible, grelottant/folttant, riant/priant.</div>
<li><strong>rimes du simple au composé</strong></li>
<div class="dixit">autrefois/fois</div>
<li><strong>rimes clichés</strong></li>
<div class="dixit">amère/mère</div>
</ul>
<p>Cette <strong>manière de rimer </strong>s’apparente, par ailleurs, à celle de <strong>Marceline Desbordes-Valmore</strong>. L’on sait que Rimbaud la connaissait bien et, d’après Verlaine, avait su percevoir en elle une part franche de génie et d’excellence :</p>
<blockquote><p>« Rimbaud […] savait par cœur les poètes modernes, les plus raffinés comme les plus ingénus de notre époque, de Desbordes-Valmore à Baudelaire, par exemple, et cet exemple montre bien le goût infaillible de ce jeune garçon […]. Car s’il existe une antithèse, c’est bien entre ces deux noms […]. Rimbaud percevait déjà à merveille la même âme douloureuse et comme une parenté entre ces deux génies si dissemblables à première vue ». </p></blockquote>
<p>Murat y voit un <strong>intertexte explicite</strong>. Pour lui, c’est à Desbordes-Valmore que fait songer le « lyrisme intime, douillet et un peu régressif du poème. »</p>
<h2>2. Soleil et chair</h2>
<p>Ce poème est déjà <strong>plus représentatif </strong>: on y devine quelques tendances quant à la manière de rimer de Rimbaud.  </p>
<p>À l’inverse des rimes du simple au composé des <em>Étrennes des orphelins</em>, on trouve ici des <strong>rimes par inclusion </strong>: où l’un des mots est phonétiquement contenu dans l’autre, mais sans aucune rapport de dérivation ou de composition. </p>
<div class="dixit">vie/ravie, cités/immensités, chimères/mères, Cybèle/belle</div>
<p>Ces rimes ont une dimension clairement <strong>ludique</strong>. Même chose pour les <strong>rimes homonymiques</strong>, déconseillées par les traités classiques.</p>
<div class="dixit">croix/crois, Héros/Eros</div>
<p>Murat observe que statistiquement : une rime sur cinq dans <em>Soleil et chair </em>appartient à l’une de ces deux catégories. </p>
<p>On sent davantage <strong>l’influence de Banville</strong>. </p>
<p>Mais il demeure quelques faiblesses : des <strong>rimes stéréotypées</strong>, et des rimes qui couplent des voyelles suivies de <strong>consonnes flottantes différentes</strong>. </p>
<div class="dixit">nid/infini</div>
<h2>3. Le Forgeron</h2>
<p>On sent dans ce poème une <strong>influence explicite d’Hugo</strong>. En fait, c’est le penchant <strong>satirique </strong>qui suscite ici l’apparition de <strong>rimes plus originales</strong>. </p>
<div class="dixit">Tuileries/boulangeries, accapareurs/terreurs, chenapans/paon (rime typique du genre)</div>
<p>Rimbaud remplace très largement l’homonymie par la <strong>paronymie</strong>. Par rapport à <em>Soleil et chair</em>, la différence est significative. La plupart de ces rimes paronymiques sont des <strong>monosyllabes</strong>, ce qui donne des façons plutôt <strong>banales</strong>.</p>
<div class="dixit">chose/cause, hommes/sommes, bien/rien, foule/houle, soûle/roule, sotes/pots, chêne/haine, nuit/cuit</div>
<p>Par contre, quand elles passent à <strong>deux syllabes</strong>, elles deviennent <strong>riches </strong>et recherchées. </p>
<div class="dixit">requêtes/raquettes, pavés/lavés</div>
<h2>4. Les Réparties de Nina</h2>
<p>Murat est très critique sur la qualité de ce poème. Il décèle un grand nombre de <strong>rimes faibles </strong>: 17% n’ont qu’un phonème identique. </p>
<p>Plusieurs ont des <strong>consonnes flottantes non compatibles</strong>. </p>
<div class="dixit">partout/flou</div>
<p>Une contient une variation vocalique, ce qui est assez fréquent chez Rimbaud. </p>
<div class="dixit">rosés/sais</div>
<p>Murat explique cette médiocrité relative par les <strong>contraintes du vers quadrisyllabique</strong>. </p>
<p>Il est toutefois intéressant de noter que plusieurs rimes seront réutilisées dans des <strong>textes ultérieurs</strong>. </p>
<div class="dixit">poitrine/narine (<em>Le Dormeur du val</em>), vertes/ouvertes (<em>Chant de guerre parisien</em>), pipes/lippes (<em>Les Assis</em>), bleue/lieue (<em>Le Bateau ivre</em>)</div>
<h2>5. Le reste du corpus de 1870</h2>
<p>Le reste du corpus est composé de <strong>poèmes de longueur moyenne </strong>(30 à 40 vers), ainsi que de <strong>douze sonnets</strong>, avec une densité phonique légèrement supérieure. La pondération pour ces sonnets est de <strong>2,39</strong>. <strong>C’est peu </strong>si l’on considère l’importance dans la rime dans la structuration du sonnet. </p>
<p>Murat donne comme moyenne pour le Rimbaud de 1870 : <strong>2,28</strong>. C’est ce que l’on rencontre dans : <em>Le Châtiment de Tartuffe</em>, <em>La Maline</em>, <em>Les Effarés</em>.</p>
<p>La moyenne plus élevée (2,71) pour <em>Le Mal</em> et <em>Ma Bohême</em> tient dans les deux cas à une seule rime. </p>
<div class="dixit">damassées/ramassées, fantastiques/élastiques</div>
<p>De son côté, dans ses <i>Poèmes saturniens</i>, <strong>Verlaine semble être du même ton</strong>. Sa moyenne est de 2,32. Lui non plus, ne travaille pas sur le quantitatif. </p>
<p>Ce qui est d’emblée intéressant pour les textes de 1870 est le rapport qui existe entre <strong>richesse rimique et écriture satirique</strong>. On sent là l’autorité et l’exemple de <strong>Banville</strong>. C’est presqu’une évidence. </p>
<p>Ainsi, <em>Le Bal des pendus</em> est noté à 2,71. Rimbaud y aligne des <strong>rimes virtuoses</strong>. </p>
<div class="dixit">paladins/Saladins, cravata/savate, sandale/scandale, funèbres/vertèbres (au lieu du traditionnel ténèbres)</div>
<p>Dans <em>Vénus Anadyomène</em>, la densité phonique reste élevée (2,43) mais Rimbaud <strong>ménage ses effets</strong>. Une seule rime très riche, par inclusion.</p>
<div class="dixit">omoplates/plates</div>
<p>Sans compter sur le <strong>remarquable final</strong>. </p>
<div class="dixit">Vénus/anus</div>
<p>Dans les <strong>sonnets contre Napoléon III</strong>, par contre, on ne constate plus cette corrélation entre richesse de la rime et satire. Rimbaud s’est ici <strong>détaché de tout fétichisme de la rime riche</strong>. Il cherche <strong>avant tout le comique</strong>. À Murat de dire : </p>
<blockquote><p>« La poétique de la rime n’est plus dans la rime. Celle-ci est traitée non comme une fin en soi, mais comme un point d’irradiation et de structuration dont les effets concernent tout le poème. Nous sommes en octobre 1870 : Rimbaud a atteint sa première maturité. »</p></blockquote>
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		<title>Étude de la rime chez Rimbaud (1)</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Jun 2008 15:24:27 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L’état de la rime au XIXe siècle. École classique et école romantique. Un héritage pour Rimbaud. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Globalement, la crise du vers amorcée dans la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle a oublié la rime. Y compris (et peut-être surtout) pour ce qui concerne Rimbaud. Elle reste le <strong>parent pauvre </strong>dans le renouveau récent des études métriques. </p>
<p>Il est vrai que <strong>Rimbaud n&#8217;est pas spécialement original à la rime</strong>. Alors que c&#8217;est un destructeur de vers. Pourtant : certaines de ses attitudes en la matière peuvent s&#8217;avérer plus complexes qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Notamment déjà dans <em>Ma Bohême</em> ou <em>Ce qu&#8217;on dit au poète à propos des fleurs</em>. </p>
<p>Et puis, le <strong>dialogue avec Banville </strong>est constant et explicite : on ne peut se passer de l&#8217;analyse rimique si l&#8217;on veut étudier exhaustivement sa manière d&#8217;art. </p>
<h2>1. La rime classique</h2>
<p>Dans la poésie dite classique, la rime est subordonnée : soit à la pensée discursive du texte, soit à l&#8217;émotion qu&#8217;il doit transmettre ou susciter. </p>
<p>Cet <strong>esclavage de la rime </strong>a évidemment eu pour effet de déforcer son incidence poétique. Et donc, de la banaliser et de l&#8217;appauvrir. C&#8217;est ce qui fait dire à Banville : </p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;À la fin du XVIIIe siècle, et sous l&#8217;empire, on ne savait plus qu&#8217;une vingtaine de rimes, pauvres, niaises, inexactes et toujours les mêmes.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>À cet égard, dans sa <em>Prosodie de l’école moderne</em> (1844), Ténint  souligne l&#8217;utilisation presqu&#8217;exclusive des rimes grammaticales :</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Si cela continue, il n&#8217;y aura plus que deux rimes, la rime en <em>té </em>et la rime en <em>ment</em>&laquo;&nbsp;.</p></blockquote>
<p>Le désenchantement est certain et consommé.</p>
<h2>2. La rime romantique</h2>
<p>L&#8217;école romantique va prendre à bras-le-corps cette perte de vitesse. Trois rimes vont être mises à l&#8217;honneur et développées : </p>
<p>1. La <strong>rime riche </strong>: avec consonne d&#8217;appui<br />
2. La <strong>rime sonore </strong>: voyelle pleine suivie d&#8217;une liquide ou d&#8217;une sifflante<br />
3. La <strong>rime concrète </strong>: qui fait image</p>
<div class="dixit">or/azur, marbres/astres</div>
<p>Dans cette poésie nouvelle, la parole est redonnée au <strong>caprice des mots </strong>: on privilégie le ludique et le calembour. Les poètes amorcent une <strong>réflexion sur le caractère conventionnel </strong>de l&#8217;écriture rimée. Le concept de rime voyante voit le jour : on exalte pour mieux dénoncer. </p>
<p>Cette remise en cause aura aussi pour effet de <strong>brouiller la hiérarchie des genres</strong>. Les mots roturiers (avant réservés à la comédie ou la satire) et les noms propres font leur entrée en fin de vers. L&#8217;infraction est esthétique mais aussi politique et morale. </p>
<p>Tout ceci fait dire à Michel Murat que lorsque Rimbaud prend la plume, la cause est entendue sur ce point.</p>
<h2>3. Origines de la rime rimbaldienne</h2>
<p>Les trois poètes qui ont marqué Rimbaud sont tous <strong>adeptes de la rime riche</strong>, c&#8217;est-à-dire de la rime avec consonne d&#8217;appui.</p>
<p><strong>Hugo </strong>est le plus classique. Il privilégie encore le vers à la rime. </p>
<p>Chez <strong>Banville</strong>, en revanche, c&#8217;est tout l&#8217;inverse. La primauté de la rime est absolue. Il recherche à la fois la richesse et la surprise grotesque. </p>
<p><strong>Baudelaire</strong>, enfin, se situe entre les deux. Il évite de s&#8217;enfermer dans un fétichisme de la rime riche. Il lui préfère souvent la rime enrichie, la rime rare ou le contraste sémantique. </p>
<p><strong>Rimbaud est le disciple de Banville</strong>. Plus que de Baudelaire, contrairement à Verlaine. </p>
<h2>4. Le b.a.-ba de la rime</h2>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;La rime est l&#8217;identité phonétique terminale de deux ou plusieurs vers à partir de leur dernière voyelle pleine&nbsp;&raquo;. </p></blockquote>
<p>C&#8217;est la définition que nous donne Dominique Billy, dans un article récent sur la rime androgyne chez Verlaine. </p>
<p>Les rimes masculines (M) et féminines (F) peuvent être représentées par les schémas suivants : </p>
<blockquote><p>M = <strong>noyau </strong>+ coda + consonne flottante<br />
F = <strong>noyau </strong>+ coda + <strong>chva </strong>+ consonne flottante</p></blockquote>
<p>Les constituant obligatoires de la rime sont en gras : le noyau vocalique et le e muet (chva) dans le cas des rimes dites féminines. </p>
<p>La coda désigne : les éléments phonétiquement réalisés postérieurs au noyau. </p>
<p>Et la consonne flottante : la dernière consonne non phonétiqment réalisée du mot (on parle de consonne graphique). </p>
<h2>5. Évolution des conditions minimales de la rime</h2>
<p>Les conditions minimales d&#8217;une rime bien formée ont varié au cours de la première partie du XIX<sup>e</sup> siècle. </p>
<p>La position des classiques, on la retrouve dans le <strong>traîté de Quicherat</strong>. Il distingue rime suffisante (sans consonne d&#8217;appui) et rime riche (avec consonne d&#8217;appui). </p>
<p>La position de la <strong>révolution romantique </strong>va intensifier les exigences : elle fait une norme de la <strong>consonne d&#8217;appui</strong>. Banville écrit : </p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Sans consonne d&#8217;appui, pas de Rime, et, par conséquent, pas de poésie.&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p>Le principe ne sera <strong>pas vraiment applicable</strong>. Banville lui-même ne peut s&#8217;y tenir dans ses <em>Odes funambulesques</em>. On retrouve ainsi sous sa plume des rimes qu&#8217;il théorisait pourtant comme insuffisantes (sans consonne d&#8217;appui) : Cham/Siam, godiches/affiches ou tambour/amour.</p>
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		</item>
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		<title>Rimbaud faussaire ? La métrique des vers nouveaux</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Mar 2008 13:18:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Démian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Esthétisme]]></category>
		<category><![CDATA[Métrique]]></category>
		<category><![CDATA[Rimbaud]]></category>
		<category><![CDATA[12-syllabes]]></category>
		<category><![CDATA[alexandrin]]></category>
		<category><![CDATA[alexandrin nouille]]></category>
		<category><![CDATA[césure lyrique]]></category>
		<category><![CDATA[Commune]]></category>
		<category><![CDATA[Cornulier]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Roubeau]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Qu’est-ce que pour nous mon cœur]]></category>
		<category><![CDATA[Steve Murphy]]></category>
		<category><![CDATA[syllabe féminine]]></category>
		<category><![CDATA[vers F6]]></category>
		<category><![CDATA[vers F7]]></category>
		<category><![CDATA[vers M6]]></category>
		<category><![CDATA[vers nouveaux]]></category>

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		<description><![CDATA[Globalement, on ne reconnaît <strong>plus le répertoire métrique, très classique, des poèmes antérieurs</strong>. En particulier, le <strong>12-syllabes ne concerne que 65 vers </strong>sur 472. À ce constat, s’en ajoute un autre : ces 12-syllabes, déjà réduits en nombre, sont aussi <strong>les plus remarquables</strong>.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>1. Un matériel métrique novateur</h2>
<p>Parmi plusieurs particularités d’ensemble de la versification des <em>Vers nouveaux</em>, mentionnons par exemple :</p>
<div class="dixit">
&#8211; des vers de 11-syllabes : <em>Larme</em>, <em>Est-elle almée</em>, <em>Michel et Christine</em><br />
&#8211; des vers de 5- et de 7-syllabes : <em>La Rivière de Cassis</em><br />
&#8211; des vers à nombre syllabique variable sans régularité strophique : <em>Bonne pensée du matin</em>.
</div>
<p>Il est vrai que, globalement, on ne reconnaît <strong>plus le répertoire métrique, très classique, des poèmes antérieurs</strong>. Ainsi par exemple, <strong>le <em>12-syllabes</em> ne concerne que 65 vers </strong>sur 472, soit un 7e. Tandis qu’auparavant, il était employé un peu plus d’une fois sur deux chez Rimbaud ! </p>
<p>À ce constat, s’en ajoute un autre : ces 12-syllabes, déjà réduits en nombre, sont aussi <strong>les plus remarquables </strong>du corpus métrique de Rimbaud car ils fournissent <strong>8 des 12 vers M6</strong>, <strong>4 des 5 vers F7</strong>, et <strong>7 des 8 vers F6</strong>.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="180" vAlign="top"> </td>
<td width="120" vAlign="top"> M6</td>
<td width="154" vAlign="top"> F6</td>
<td width="154" vAlign="top"> F7</td>
</tr>
<tr>
<td width="180" vAlign="top"> Oeuvre complète</td>
<td width="120" vAlign="top"> 12</td>
<td width="154" vAlign="top"> 8</td>
<td width="154" vAlign="top"> 5</td>
</tr>
<tr>
<td><em> Vers nouveaux</em></td>
<td width="120" vAlign="top"> 8</td>
<td width="154" vAlign="top"> 7</td>
<td width="154" vAlign="top"> 4</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Ces M6, F6 et F7 des <em>Vers Nouveaux</em> sont aussi les seuls de l’ensemble du corpus à combiner des <strong>propriétés F8, M8, C8</strong>. On ne rencontre pas cela ailleurs chez Rimbaud. Ci-dessous, les vers concernés :</p>
<p>Dans <em><strong>Qu’est-ce que pour nous mon cœur</strong></em></p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 2</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Et de braise, et mil<u>le</u> meur<u>tres</u>, et les longs cris »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F6 + F8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 19</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Cités et campa<u>gnes</u> ! – Nous <u>se</u>rons écrasés ! »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F6 + M8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 17</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Europe, Asie, <u>Amé</u>ri<u>que</u>, disparaissez »</td>
<td width="197" vAlign="top"> M6 + F8</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Dans <em><strong>Mémoire</strong></em></p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 12</td>
<td width="355" vAlign="top"> « font les saules, d’où sau<u>tent</u> <u>les</u> oiseaux sans brides »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F7 + C8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 37</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Ah la poudre des sau<u>les</u> <u>qu</u>’une aile secoue »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F7 + C8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 24</td>
<td width="355" vAlign="top"> « froide, et noire, court ! <u>a</u>près <u>le</u> départ de l’homme »</td>
<td width="197" vAlign="top"> M6 + C8</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Ces exemples rendent donc <strong>la coupe 8<sup>e</sup> douteuse</strong>. À moins de la considérer <strong>comme lyrique </strong>&#8211; ce que Cornulier estime possible maximum pour <strong>8 vers sur 17</strong>, ce qui est relativement peu. D’allure générale, selon ses tests, les <em>12-syllabes</em> ont <strong>très souvent une coupe 6<sup>e</sup></strong>.</p>
<p>À noter que les coupes 8<sup>e</sup> sont particulièrement exclues dans les vers suivants (cf. tableau) où des propriétés <strong>problématiques apparaissent également sur les syllabes 4<sup>e</sup></strong>. Les coupes ternaires 4/8, 8/4 ou 4/4/4 seraient alors, dans ces cas, doublement irrégulières, ce qui est improbable.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 19</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Cités et campa<u>gnes</u> ! – Nous <u>se</u>rons écrasés ! »</td>
<td width="197" vAlign="top"> M4 + F6 + M8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 12</td>
<td width="355" vAlign="top"> « font les saules, d’où sau<u>tent</u> <u>les</u> oiseaux sans brides »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F4 + F7 + C8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 37</td>
<td width="355" vAlign="top"> « Ah la poudre des sau<u>les</u> <u>qu</u>’une aile secoue »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F4 + F7 + C8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 24</td>
<td width="355" vAlign="top"> « froide, et noire, court ! <u>a</u>près <u>le</u> départ de l’homme »</td>
<td width="197" vAlign="top"> F4 + M6 + C8</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Comme nous le voyons, <strong>les <em>12-syllabes</em> </strong>des <em>Vers Nouveaux</em> sont concentrés essentiellement <strong>dans deux textes phares </strong>: <em><strong>Qu’est-ce que pour nous mon cœur</strong></em> et <em><strong>Mémoire</strong></em>. Un seul est isolé dans <em>Bonne pensée du matin</em>, mais ne présente pas d’intérêt car il est assez platement classique (6+6). Ci-dessous, la répartition détaillée des propriétés dans les deux textes.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="204" vAlign="top"> </td>
<td width="96" vAlign="top"> M6</td>
<td width="72" vAlign="top"> F6</td>
<td width="235" vAlign="top"> F7</td>
</tr>
<tr>
<td width="204" vAlign="top"> <em>Qu’est-ce que pour nous<br />
 mon cœur</em> (24 <em>12-syllabes</em></td>
<td width="96" vAlign="top"> 6</td>
<td width="72" vAlign="top"> 9</td>
<td width="235" vAlign="top"> (1) : pas de pertinence métrique car<br />
 il est en même temps M6</td>
</tr>
<tr>
<td width="204" vAlign="top"><em> Mémoire</em> (40 <em>12-syllabes</em></td>
<td width="96" vAlign="top"> 2</td>
<td width="72" vAlign="top"> 1</td>
<td width="235" vAlign="top"> 3</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>On le voit, <strong><em>Qu’est-ce que pour nous mon cœur</em> concentre le plus de propriétés M6 et F6</strong>. C’est aussi lui qui <strong>les combine le plus avec des F8 et des M8</strong>. C&#8217;est un des premiers textes écrits après la Commune.</p>
<h2>2. La part des choses</h2>
<p>Mais ne <strong>nous y trompons pas </strong>pour autant ! <strong>Plus de la moitié </strong>des <em>12-syllabes</em> (14 sur 24) de <em>Qu’est-ce que pour nous mon cœur</em> restent <strong>sans difficultés particulières</strong>. Ainsi, l’on rencontre :</p>
<p>Des <strong>alexandrins classiques 6/6</strong></p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 1</td>
<td width="547" vAlign="top"> Qu&#8217;est-ce pour nous, mon cœur,<strong> // </strong>que les nappes de sang</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 4</td>
<td width="547"> Tout ordre ; et l&#8217;Aquilon <strong>// </strong>encor sur les débris</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 8</td>
<td width="547" vAlign="top"> Ça nous est dû. Le sang ! <strong>// </strong>le sang ! la flamme d&#8217;or !</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 20</td>
<td width="547" vAlign="top"> Les volcans sauteront ! <strong>// </strong>et l&#8217;océan frappé&#8230;</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 21</td>
<td width="547" vAlign="top"> Oh ! mes amis ! — mon cœur,<strong> // </strong>c&#8217;est sûr, ils sont des frères :</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 23</td>
<td width="547" vAlign="top"> Ô malheur ! je me sens <strong>// </strong>frémir, la vieille terre,</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 24</td>
<td width="547" vAlign="top"> Sur moi de plus en plus<strong> // </strong>à vous ! la terre fond,</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Des <strong>mesures ternaires évidentes ou plausibles 4/4/4</strong></p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 6</td>
<td width="547" vAlign="top"> Nous la voulons ! // Industriels, // princes, sénats,</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 9</td>
<td width="547"> Tout à la guerre, // à la vengeance, // à la terreur,</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 13</td>
<td width="547" vAlign="top"> Qui remuerait // les tourbillons // de feu furieux,</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 22</td>
<td width="547" vAlign="top"> Noirs inconnus, // si nous allions ! // allons ! allons</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Des <strong>coupes 8<sup>e</sup> semi-ternaires 8/4</strong></p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 15</td>
<td width="547" vAlign="top"> À nous ! Romanesques amis : // ça va nous plaire.</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 16</td>
<td width="547"> Jamais nous ne travaillerons, // ô flots de feux !</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 23</td>
<td width="547" vAlign="top"> Ô malheur ! je me sens frémir, // la vieille terre,</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Raison pour laquelle, Cornulier s’oppose aux analyses qui tendent à ne voir dans les <em>Vers Nouveaux</em> qu’une métrique révolutionnaire et qui minimisent la <strong>permanence des habitudes antérieures de Rimbaud en la matière</strong>. </p>
<p>C’est ce qu’il <strong>reproche à Jacques Roubeau </strong>pour qui, dans <em>Qu’est-ce que pour nous mon coeur</em>, il n’y aurait finalement que deux vers « prosodiquement sages ». Les vers 1 et 12. En sorte que « partout quelque chose boîte » à cause d’une obscure « hache des frontières syntaxiques ». </p>
<p>Cornulier se demande évidemment en quoi « Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d&#8217;or ! » serait moins classique que le vers cornélien « A moi, comte, deux mots ! – Parle. – Ôte-moi d’un doute ».</p>
<p>Et nous ne pouvons que lui donner raison.</p>
<h2>3. Deux irrégularités hapaxiques</h2>
<p>On peut distinguer <strong>deux grands types d’irrégularités </strong>dans ce corpus, qui ne se retrouvent nulle par ailleurs chez Rimbaud :</p>
<p>1) L’une est illustrée par <strong>les 3 vers F7 de <em>Mémoire</em></strong>. C’est le cas où une coupe 6<sup>e</sup> manifeste est débordée par une <strong>syllabe féminine</strong>. Ce qui donne l’impression d’une césure négligée, ramollie. Mais <strong>même un romantique ne l’aurait jamais faite</strong>. En fait, ce genre d’ « <strong>alexandrin nouille </strong>» devient moins rare dans les années 1890.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 12</td>
<td width="547" vAlign="top"> « font les saules, d’où sau<u>tent</u> <u>les</u> oiseaux sans brides »</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 37</td>
<td width="547" vAlign="top"> « Ah la poudre des sau<u>les</u> <u>qu</u>’une aile secoue »</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> M. 19</td>
<td width="547" vAlign="top"> «  aux doigts ; foulant l’ombel<u>le</u> ; trop fière pour elle ; »</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>2) Une deuxième irrégularité de mesure, probablement plus choquante, est <strong>le fait d’imposer le sentiment de la mesure 6-6 dans un vers F6</strong>. C’est-à-dire, d’imposer le sentiment d’une coupe suivant une <strong>syllabe féminine </strong>numéraire. On appelle parfois cette césure, la césure lyrique, par référence à la prosodie ancienne. Cette césure concerne <strong>les vers 2, 3 et 7 de <em>Qu’est-ce que pour nous mon coeur</em></strong>.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 2</td>
<td width="547" vAlign="top"> « Et de braise, et mil<u>le</u> meurtres, et les longs cris »</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 3</td>
<td width="547" vAlign="top"> « De rage, sanglots <u>de</u> tout enfer renversant »</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 7</td>
<td width="547" vAlign="top"> « Périssez ! puissan<u>ce</u>, justice, histoire, à bas ! »</td>
</tr>
</table>
<div style="padding:7px">
</div>
<p>Dans tous ces vers, en effet, une coupe 8<sup>e</sup> n’est pas admissible. On est obligé de couper en 6<sup>e</sup>, malgré la propriété F6.</p>
<table border="1" cellSpacing="0" borderColor="#666666">
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 2</td>
<td width="547" vAlign="top"> F8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 3</td>
<td width="547" vAlign="top"> M8</td>
</tr>
<tr>
<td width="60" vAlign="top"> Q. 7</td>
<td width="547" vAlign="top"> M8</td>
</tr>
</table>
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